lundi 23 mai 2016

Ce weekend j'étais dans ma soucoupe volante...

Hier, c'était le weekend du rassemblement annuel des Enfants de l'Espérance.

Un rassemblement comme les autres années me diriez-vous ? Oui sans doute. Un samedi et un dimanche matin bien chargé de meetings en interne, et un dimanche après-midi avec nos familles adoptives heureux et intense malgré la pluie normande.


Comme les autres ? Pas tant que ça. Certains retiendront les statistiques digne du Guinness livre des records de mon powerpoint, la longue présentation de tant d'enfants fraîchement arrivés, notre manoir plein à craquer de gens et de bonheur...

Moi j'ai envie d'en retenir la géniale équipe de notre assoce, au taquet, motivée et unie pour aborder le futur. Une équipe animée dans un même esprit positif. Un état d'esprit et une ouverture qui rend notre OAA assez atypique, que ce soit en France ou en Inde. Oui nous sommes surement des OVNIS de l'adoption, un peu plus barges que les autres si ça se trouve... And who cares ?!!!

Et j'aimerais aussi retenir l'Amour qui a vibré tout au long de ces deux jours. Je n'ai pas pu retenir mes larmes lors de la présentation des enfants ; les heures de travail, de stress, les nuits blanches, les cauchemars, le doutes, les sacrifices et enfin le happy end qui n'est en fait qu'un nouveau départ. On oublie tout lorsqu'on voit les enfants sourire, rire, jouer, nous montrer fièrement leurs parents, nous raconter les petits événements de leur nouvelle vie. On oublie tout lorsqu'on voit les sourires de fierté des parents présenter leurs enfants à l'assemblée ou les entendre raconter leur bonheur. Des moments de pur bliss, de la magie à l'état pur.

Plus de 10 ans que je suis bénévole pour EdE. Et encore, et encore, je m'émerveille de tout cela. Mon petit kif perso a été les petites discussions avec les adoptés grands et petits. Ceux qui sont arrivés depuis qqs semaines, se souviennent encore de moi et partagent leurs petites confidences dans un charabia hindi-anglo-french. J'adooore quand les enfants sont encore un peu indiens, pas tout à fait français, et s'émerveillent des choses les plus simples ou d’exulter de bonheur en retrouvant leurs anciens compagnons d'orphelinat. Quel plaisir de les voir si heureux, de sentir leurs petites mains se glisser dans la mienne pour m'entraîner vers leurs potes ou leurs parents...

Et j'adore entendre les grands adoptés, ados et adultes exprimer l'importance des ces retrouvailles. Les groupes d'ados se forment, les copinages s'organisent, les numéros de portable s'échangent, et eux aussi partagent cet amour si unique, si spécial. Mes trois enfants reviennent à chaque fois tout aussi comblés que moi de ces weekends, les amitiés qui y naissent et le partage leur font un bien immense.

Et bien sûr il y a tous les mots si touchants des parents qui ne font que renforcer ce que j'observe et je ressens... Certains mots résonnent encore dans mes oreilles, et réchauffent mon âme dans cette matinée humide et froide.

Mes batteries bien déchargées ces dernières semaines ont été totalement rechargées, mes doutes ont disparu et ma conviction est bien renforcée...

Et aujourd'hui je plane un peu, un peu épuisée, soulagée, et totalement junky par tout cet amour et ces good vibes...

mercredi 21 octobre 2015

A child is a Gift of Life. Not a commodity.

"A child is a Gift of Life. Not a commodity."


C'est la phrase qui me suit en ce moment, qui me hante. Et que j'aimerais hurler dans certaines oreilles indiennes haut placées.

C'est une des sisters des Missionaries of Charity qui a dit à peu près la même chose (remplacer Life par God) et qui m'a inspiré la mienne.

Mes trois enfants sont mes trésors, ce qui m'a été donné de plus précieux dans ma vie. Heureux sont le parents qui comme moi ont reçu ce don, le coeur débordant de gratitude de la chance qu'ils ont de devenir le parents de leur(s) enfant(s).

Quant à moi, je suis triste pour ces parents qui auront à choisir leur enfant, et pire qui devront le faire sur internet. Car c'est ce que demande la CARA aux postulants indiens.



Voici des extraits des guidelines 2015 de la CARA


"10. Selection of a child by the prospective adoptive parents. " 

"... the prospective adoptive parents shall be given an opportunity to view the photographs, child study report and medical examination report upto six children, in their preference category if any, in one or more specialised adoption agencies through the Child Adoption Resource Information and Guidance System. (3) After viewing the photographs, child study report and medical examination report of the child or children, the prospective adoptive parents may reserve one child..."


Ceci ne concerne pas l'adoption internationale, cette façon de procéder ne concerne que l'adoption nationale par les indiens. Mais tout de même, cela ne peut me laisser indifférente. Je frémis en songeant aux conséquences désastreuses que cela peut avoir à court et à long terme sur l'attachement entre parents adoptifs et leurs enfants. Et qu'en pensent les adoptés (adultes) indiens de voir leurs consœurs traités ainsi ?? J'aimerais tant entendre l'avis des associations d'adoptés adultes dans la presse... Comment peut on ainsi mettre des profils d'enfants online et demander aux parents de choisir comme s'ils étaient sur un site d'achats online ?! En attendant, certains indiens ne l'entendent pas comme ça et le feront savoir dans la high court de Mumbai le 26/10 ! Ou bien expriment leur désaccord dans la presse... La guerre anti guidelines 2015 a démarré en Inde, CARA vs mécontents, qui aura le dernier  mot ??!

En attendant je chéris mes 3 cadeaux offerts par ma vie, soulagée de savoir que je n'aurai jamais à leur dire "je t'ai choisi parmi d'autres". Qui sont juste les plus merveilleux dons de ma vie auxquels je n'osais espérer.


Sinon pr info, l'information sur les MOC indiens fermant à cause des nouveaux guidelines de la CARA a fait le tour du monde : washington post, daily telegraph, et même la France, Libé et surtout La Croix et encore la Croix

jeudi 15 octobre 2015

Faites du bruit !

L'actualité indienne est assez chargée en ce moment, que ce soit en France ou en Inde !

Habituellement je me contente de twitter, mais là trop c'est trop, alors du coup je fais un petit billet sur mon blog.

Il y a d'abord cette National Meet' de la semaine dernière pendant laquelle la ministre of zeu Child Welfare indien (dont dépend l'adoption natio, inter et la CARA en Inde), Mme Maneka Gandhi a pas mal communiqué sur l'adoption : 

"50 000 adoption pour l'année prochaine", voyez-vous ça ! Cela se passe de commentaires...  Mais elle parle aussi (plus sérieusement) d'ouvrir de plus en plus d'orphelinats dans les régions où il y en a peu, de donner un coup de pied aux fesses des CWC qui lambinent dans leur travail (pour rendre adoptables les enfants dans les orphelinats), et d'accélérer de manière général tout le processus de l'adoption. Wonderbar tout ça, maintenant voyons voir cela sur le terrain... Article de presse ici.

Et puis Maneka a eu la bonne idée de parler lors de National Meet' de la décision de fermeture de tous les orphelinats de la mission de la charité de Mother Theresa dans toute l'Inde. Une trentaine d'orphelinats qui ont décidé début août de ne pas continuer de travailler pour cause de désaccord profond avec ses nouveaux guidelines. Et ce sont les orphelinats qui ont pris la décision et non Maneka qui a fait semblant de leur retirer leur licence il y a une semaine alors que cette décision est prise depuis août par les MOC.

Heureusement, les enfants ne seront pas victimes de cette décision, puisque tous les enfants non adoptés seront transférés dans d'autres orphelinats ou attendront jusqu'à ce que leur adoption soit finalisée.

Conclusion l'affaire fait un buzz de folie dans les médias sans précédent qui en profitent pour critiquer certains aspects de ces nouveaux guidelines (pour la partie nationale, l'international n'est pas concerné !) ! La colère commence à gronder en Inde sur certains points de ces guidelines (côté national),  une nouvelle guerre serait-elle lancée en Inde ? Moi j'aime bien cette interview sur le sujet de NDTV. L'affaire devient internationale, même le Washington Post en parle ! Ici le Hindustan Times.

Pour en revenir aux MOC, moi je regretterai infiniment leurs sarees blancs et bleus lors de nos international conferences, leur philosophie, leur aura, leur ton de parole et prises de position, même si nous ne sommes pas toujours d'accord sur tout. Elles étaient à part, avec des personnalités hors du commun et j'aimais certaines de leurs différences qui étaient une richesse bien qu'on n'était souvent pas d'accord sur certains points. Une page de l'histoire de l'adoption en Inde se tourne, avec un grand pincement au coeur pour ma part.

Et sinon... côté France, bah y a pas que la CARA qui se fait une opération relooking, l'OAA EdE a aussi son nouveau site web !!!  http://www.oaa-lesenfantsdelesperance.com Il y qqs extraits des nouvelles guidelines : condition pour adopter, étapes d'une adoption , le découpage régional, des liens sympas, et tout et tout et toussa. Bref, allez-y, visitez ce site et diffusez l'adresse du site à donf !

Bon et sinon, y a cette pétition qui circule sur le net : pour inciter l'AFA à travailler avec l'Inde !!! Bah, moi j'ai mon avis là-dessus... Mais par principe je la diffuse car plus on fait de bruit sur l'adoption indienne, mieux c'est !!! Pour signer, c'est ici !

Car oui, l'adoption indienne est en mouvement, elle change, elle mue, elle grandit... Nos autorités françaises l'ont elles bien compris ? Vont-elles enfin tendre une main vers l'Inde ?!!!!

Pas sûr, alors moi, j'ai bien envie de faire aussi un peu de bruit et bcp de bruit pour alerter nos ministères franchouillards. Pas avec une pétition, naaaaan, mais avec deux beaux pendjabi boys habillés en bleu, voir vidéo ci dessous ! Je suis sûre que mon arrivée devant les bureaux de la MAI escortée de ces deux apollons serait du meilleur effet pour leur faire comprendre qu'il y a des trucs kispass en Inde en ce moment, et qu'il serait regrettable de rater le coche...





Bon et si vous aussi vous voulez faire du bruit comme moi autour de l'adoption indienne (et que vous êtes allergiques aux dhol/tambours), bah signez la pétition, c'est déjà un début...

mardi 29 septembre 2015

CARA is now like this !!

Aller, un p'tit billet pour les accros, le junkies aux adoptions internationales indiennes.

Certains camés comme moi l'auront sans doute remarqué, mais il y a bien des changements chez l'autorité centrale indienne (CARA) depuis quelques mois. Un nouveau directeur (secretary) depuis novembre dernier  au management musclé et efficace, des moyens financiers plus importants, beaucoup de recrutement, une communication un peu plus transparente et régulière... Et petit à petit la CARA se transforme !

Changement majeur, des nouveaux guidelines sont (enfin) mis en applications depuis août 2015 : le système d'adoption est totalement chamboulé, plus rien n'est comme avant que ce soit en national ou en domestique...

Aller, passons au crunchy, au superficiel et léger... Dans la série des nouveautés surprenantes, la CARA veut se donner un air djeuns et chébran open to all, je vous présente le site web de la CARA relooké où l'on peut y admirer son nouveau logo et plein de rubriques passionnantes style témoignages de familles, "feedback" et même un début de statistiques. Autre chose encore plus crunchy, je vous présente the mur Facebook de la CARA ! Sisisi, un mur Facebook, bien vivant où chacun peut aller y mettre son petit commentaire en anglais ou en hindi et parait-il que l'on peut même y obtenir des réponses lorsque les questions sont générales (et pas spécifique à une candidature).  Y a bien le compte twitter de la CARA aussi, menfin il ne casse pas trois pattes à un canard, un compte YouTube... Mais le mur FB est le plus complet : partages d'articles de presse, campagnes d'infos indiennes sous forme d'articles et de vidéos et même pas mal de photos de l'équipe super dynamique de bogosses en train de bosser dur... Impressionnant n'est-ce-pas... (allez les mecs, magnez vous sur les NOC !)


On est bien loin de la CARA d'il y a 10 ans et de ses méthodes des non-communication d'antan... Les changements fait en si peu de temps sont impressionnants, et pour  leur avoir rendu visite à Delhi à deux reprises depuis ce début de révolution, même les bureaux sont méconnaissables, relooking total ! Pourvu que ça dure...


(Photos, téléchargeables : "Tiens, mais où est passé mon jeu de fléchettes ??!")



mercredi 16 septembre 2015

Les aînés de fratrie

L'OAA pour laquelle je suis bénévole fait adopter depuis très longtemps des enfants en fratrie : 2 ou 3 enfants dont l'aîné(e) a souvent autour de 8 ans à l'apparentement. J'ai donc pu rencontrer beaucoup de ces fratries sur le terrain dans les orphelinats indiens alors qu'ils attendaient leur parents, puis suivre leurs parcours une fois dans leur famille en France.

Sur le terrain, j'ai souvent observé que les aînés de fratrie avaient un sens disproportionné de la responsabilité des leurs benjamins, bien plus que les aînés que je croise dans mes quotidiens français ou indiens dans les familles biologiques. En tant que maman de 3 enfants, avec un aîné très responsable, sérieux et mature, je connais bien ce phénomène. Et je sais que ce phénomène peut aussi être très important dans les familles indiennes modestes, surtout lorsqu'il s'agit d'une fille que la mère va vite responsabiliser auprès de ses petits frères et soeurs et lui confier de nombreuses tâches de la gestion du foyer.

Mais chez les fratries en orphelinat qui ont du vivre ensemble bien des épreuve tel que leur abandon, des souffrances dans leur famille biologique, des séparations à répétition, ce phénomène est bien plus important que chez les autres enfants. Il est donc important que les familles qui adoptent des fratries connaissent ce phénomène, soient préparés à éventuellement y faire face. Ils doivent être prêts à aider cette/cet aîné(e) à lâcher ses responsabilités de "petit papa/maman" et à redevenir un enfant comme les autres, tout simplement. Cette période de transition peut être difficile et prendre du temps, car le "petit parent" peut avoir du mal à accepter de perdre ses responsabilités et à confier ses benjamins à des parents adoptifs qu'il ne connait que depuis peu de temps et en qui on n'a pas encore totalement confiance. Il peut être difficile de perdre son "pouvoir" d'autorité sur ses petits frères et sœurs, et l'aîné peut ressentir un sentiment de culpabilité de "lâcher" ses petits, voire avoir l'impression de les abandonner comme l'avaient fait précédemment leurs parents biologiques. 
 
Cette période de transition peut prendre du temps, en passant par des conflits avec les parents, de compét' où chacun cherche à préserver son autorité, de résistance, de dé-sevrage de cette autorité qui peut aussi être grisante... Du temps, comme pour l'attachement réciproque dans l'adoption, il leur faut du temps pour y arriver, et il indispensable de comprendre qu'il faut de la persévérance et qu'il leur faudra du temps pour accepter cette nouvelle répartition des responsabilités ! Et pour y arriver, il est aussi important de se mettre à la place de cet(te) aîné(e), de comprendre pourquoi ils/elles en sont là au vu de leurs parcours et de leurs possibles épreuves. 

Mais bon comme heureusement il n'existe aucune généralité que l'on puisse appliquer systématiquement dans l'adoption, j'ai aussi pu observer une fratrie où l'aînée passait son temps à pouiller la tête de sa jeune soeur comme toute fratrie bien équilibrée et n'en n'avoir rien à péter si l'autre petit brailleur s'est cassé la figure de sa chaise ! Et j'ai aussi vu une aînée sitôt franchie la porte de l'orphelinat confier "symboliquement" la main de sa petite soeur de sa mère, tout en démissionnant de son taf de "petite mère" au même instant. On ne la plus jamais vu "gérer" sa petite soeur comme elle le faisait en orphelinat ! L'adoption, monde merveilleux des contre-exemples tordant le coups à toutes les généralités, et qui en fait tout son charme...

Je me souviens de cette petite fille de 8 ans. Belle, sublime. Avec en plus, la dignité et la grâce de ... Grace Kelly ! Oui, croiser Grace Kelly dans un orphelinat peut surprendre, pourtant c'est ce qui m'est arrivé lorsque j'ai rencontré cette pitchounette aînée de sa fratrie. Au bout de 5 minutes avec elle, j'ai vite constatée qu'elle était une petite maman pour son frère, à lui ramasser ses crayons, le rasseoir correctement sur sa chaise, lui expliquer la couleur à utiliser sur son coloriage plutôt que de prendre plaisir à faire ses propres activités. Son habitude à sacrifier ses propres plaisirs d'enfant pour pouponner le petit frère était flagrante, et je devais passer mon temps à la remettre sur son propre coloriage et à lui expliquer avec mon hindi approximatif, que non, c'est à moi l'adulte de gérer ce petit frère maladroit plutôt qu'elle qui n'est qu'une enfant. Mais peine perdue, à peine j'avais le regard ailleurs, qu'elle avait lâché son cahier et était à 4 pattes sous la table à ramasser le crayon bleu de son frère ou qu'elle lui prenait la main pour le faire bien colorier sans dépasser ou tentait de le prendre sur ses genoux pour mieux l'aider... 

Plus tard dans l'après-midi, je lui demande de me montrer son cartable avec ses cahiers d'école. Une des rares choses dont je suis certaine que ce soit la propriété non partagée de l'enfant, car dans les orphelinats tout peut être partagé : les lits, les vêtements jusqu'au sous-vêtements, les chaussures, les jouets, les médicaments... Elle me prend par la main et quitte le bâtiment où nous étions. Comme elle est plus grande, elle habite dans le bâtiment juste à côté, nous sommes donc obligés de quitter le reste de la fratrie ! Je m'installe sur le perron de son bâtiment, et au bout de 2 minutes elle revient tout fière avec son cartable. A elle, rien qu'à elle. Nous parcourons les cahiers, je m'extasie devant tout ce que je peux : dessins, coloriages, pages entières de chiffres recopiés, additions, appréciations de la maîtresse etc. Je sais que c'est si important pour ces enfants vivant en collectivité permanente, le fait que quelqu'un lui dise de temps en temps "YOU are someone special", et de se recevoir des compliments et éloges pour recharger les batteries de la confiance en soi. Utiliser son prénom, dire que "you are a very good girl", car je connais son passé, les épreuves qu'elle a enduré, et je me demande bien dans quel état est son estime de soi. Je prends des photos des pages des cahiers qui permettront aux futurs parents d'évaluer un peu ses capacités scolaires. Nous tournons ensemble les pages, elle est toute fière. Et puis...

Et puis. Subitement ses yeux se plongent dans les miens. Avec cette intensité que je connais trop bien. Elle ne parle par l'anglais, et moi je ne connais pas sa langue locale. Mais le langage des yeux, celui que je ne vois et ne pratique que dans les orphelinats et nul part ailleurs sur la planète, je le maîtrise à la perfection... Son regard me bouleverse, elle me parle, me fait des longs discours sur les lourds poids qu'elle porte sur ses épaules, elle me supplie, sans broncher, juste avec ses yeux. En une fraction de seconde le message est clair. Je pose les cahiers, lui tends les bras, et instantanément avec un grand soupir de soulagement, elle se love dans mes bras, mi- allongée comme un nourrisson. Je la berce doucement, en lui caressant les cheveux, en lui répétant inlassablement qu'elle est une good girl. C'est le soir, le soleil se couche sur le parc de l'orphelinat, les corneilles chantent dans les silhouettes sombres des arbres au dessus de nous, on entend les cloches d'un temple qui sonne, le vacarme de la grosse mégalopole dans laquelle nous sommes semble s'éloigner, tout est calme, paisible. Blissssssss...

Une "petite maman" de 8 ans vient subitement de redevenir une petite fille en manque de câlins et d'affection. Ca tombe bien, moi je suis en manque cruel de ma famille malgré tout l'amour que l'Inde peut me donner, alors je profite égoïstement de ce moment délicieux, bouleversée et envahie par les émotions et ce bonheur à l'état brut. Et en lui souhaitant surtout de redevenir vite la petite fille choyée et aimée à plein temps qu'elle mérite d'être.

jeudi 3 septembre 2015

Fifty fifty

J'ai toujours vécu en France. Mon père est français, et ma mère est d'origine indienne, du Kerala. J'ai été élevée plus ou moins dans cette double culture, dans le contexte d'une scolarité internationale. Depuis toute petite, je m'amuse beaucoup à jouer avec mes deux cultures indiennes ou françaises.
Plus jeune, lorsque je voyageais en Inde, j'aimais me "transformer" en indienne en revêtant un salvar kameez, en collant un bindhi entre mes sourcils, en prenant l'accent indien pour parler anglais, en adoptant leur hochement de tête afin que les autochtones ne devinent pas mes origines françaises... Cela fascinait ma mère qui elle bien qu'étant 100% d'origine indienne n'arrivait pas à renouer avec le pays de son enfance en se cachant derrière ses lunettes de soleil françaises ! Quelques années plus tard lors d'autres voyages indiens, je m'amusais à alterner mes deux personnalités un jour sur deux : "aujourd'hui je serai française, tiens, ras le bol d'être une indienne, vite un jean et un t shirt avec des inscriptions en français. Et ressortons notre bon vieil accent amerloque pour causer en anglais. Et que surtout personne me dise "you like like you are indian", ça va m'nrv !!

Est-on toujours un peu schizo lorsqu'on a une double culture ? Surtout lorsqu'il s'agit de deux pays aussi forts, différents, riches et passionnants que l'Inde et la France ? Dans mon cas, je l'avoue, humblement... oui j'ai bien un petit côté schizo, plus ou moins fort depuis ces 20 dernières années. J'adore jouer de mes doubles origines, surtout avec la carte de l'exotisme et de la différence : Etre indienne en France, et Française en Inde ! C'est assez ludique de pouvoir changer de nationalité, comme on changerait de chemise ! Et ce n'est pas ma double nationalité (OCI) qui me dira le contraire. Je me souviens encore aujourd'hui comme si cela était hier du jour où pour la première fois j'ai tenu dans mes mains mon petit livret "OCI" indienne, ressemblant un petit peu au passeport indien. Je kif grave lorsque le douanier indien me demande à voir mon oci et me dit en tamponnant mon passeport français "welcome back" ! J'adore aussi confronter mes deux pays : faire découvrir à la cuisine et la culture indienne à des français peu habitués à l'exotisme, voir ma fille danser à la bollywood devant les invités d'un mariage dans le sud ouest paumé de ma belle famille, regarder un film bin franchouillard en Inde style "bienvenue chez les chtis" dans un bus entre le pendjab et Delhi, ou bien écouter Véronique Sanson dans mon casque en me promenant sur Marine Drive ou Jan Path. Contraste garanti lors de mes promenades urbaines indiennes, et au moins avec un casque sur les oreilles on me fiche la paix !

Pour en avoir parlé avec pas mal de gens partagés entre deux pays, je connais bien le piège à éviter de la double nationalité : se sentir appartenir autant aux deux pays, être une vraie "fifty/fifty".  Lorsqu'on est un/une fifty/fifty, on se sent mal partout, bien nul part, impossible à gérer. Non, vaut mieux se sentir seventy thirty par exemple : je suis française à 70% et 30% du reste de mon âme sont dédiés à mes origines indiennes.

Lors de ce dernier voyage, je me suis amusée à me poser fréquemment la question : es tu une 70/30, une 80/20, une 90/10 ? L'évidence est que je ne suis pas une fifty/fifty. Ouf. Je suis française d'âme et d'éducation. Je ne pourrais me passer des terrasses au soleil de nos troquets français, des beaux plateaux de fromage, du pinard qu'on peut acheter n'importe où, de l'armagnac dans les gâteaux au yaourt de ma fille, d'une raclette après les descente de pistes de ski, Stromae (bon ok il est belge !), nos théâtres, nos humoristes, notre humour et impertinence français inimitables, les apéros/repas arrosés avec les potes, notre gastronomie inimitable, les petits villages en pierre de nos campagnes, une vraie piste noire de ski, la diversité et la richesse de notre architecture, les oeuvres d'art, la lavande, notre histoire, notre riche culture...

Non, aucun masala dosa, sweet lassi, kingfisher beer, kathakhali ou temple ancien ne pourrait me combler autant que tout ce que je vis et vois en France. Mais, de l'autre côté, chaque jour que je passe en France est intimement lié à l'Inde. J'ai toujours un bijou et/ou un vêtement indien sur moi, ma playlist est remplie de hindi pop, et mes épices indiennes s'incrustent souvent dans mes plats français. Et bien sûr mes enfants, mes dossiers d'adoption, mes échanges avec ma famille indienne me renvoient en permanence au pays, naturellement sans que je m'en rende toujours compte. Lorsque je suis en France, je ne peux pas me passer de l'Inde, comme si sa présence était aussi nécessaire que l'oxygène dans l'air que je respire. Mais heureusement, mon mari, sa famille, mes amis, ma vie du quotidien me ramènent toujours vers ma vie française, celle que j'aime plus que tout.

Lorsque je suis en Inde, enfin, sa réalité surgit subitement. Cela doit faire une trentaine de fois que je visite mon deuxième pays, alors bien sûr, il est de moins en moins "exotique" et fascinant comme le voient beaucoup de touristes. La première chose qui me saute aux yeux, ce sont ses défauts : je peste contre la pollution,  les bouchons et le chaos du road traffic qui ne m'amuse plus du tout, les klaxons inutiles, tous ces hommes qui vous déshabillent du regard lorsque vous avez le mauvaise idée de prendre le métro à Delhi à 21h30, la galère pour trouver un magasin vendant de la bière, les tas de déchets grouillant de rats partout dans les rues, le manque de liberté qu'on les femmes ou les amoureux en milieu public, les préjugés, le fanatisme, la soumission des femmes, tout ses excès absurdes tel que les budgets des mariages ou les fœticides des filles...  Dans ces moments là, notamment lorsque je suis accrochée à cette barre du metro en scrutant mes pieds de peur qu'un homme voit dans nos regards qui se croisent de la provocation sexuelle, je me sens très ninety nine /one... De temps en temps je crie haut et fort mes critiques sur ce pays que j'aime malgré tout, et les yeux pétillant de malice un ami me répond par pur esprit de provok' "You speak like a tourist". Oooouh l'insulte, il a tapé là où ça fait mal, et il le sait bien. Mais le pire, c'est qu'il a raison ! L'avantage d'être assis sur deux pays en même temps, c'est qu'on peut être une touriste dans les deux et les comparer et les critiquer facilement...

Le lendemain, c'est la fête de Rakhi, et Delhi se remplit de couples et d'enfants rendant visite à leurs proches, parés de leurs plus beau sarees et tenues scintillantes, une sac de bengali sweets à la main... Mes yeux pétillent devant toutes ces beautés, et moi aussi j'aimerais fêter Rakhi avec ma famille, et je me remets à rêver de l'expatriation à Delhi que nous aurions pu vivre il y a qqs années. J'imagine les soirées heureuses que nous pourrions passer avec mes amis et ma famille, toutes les aventures que nous pourrions y vivre. Chaque tchai (thé) siroté avec une responsable d'orphelinat avec qui nos échanges dépassent largement les échanges professionnelles, mes yeux qui fondent devant la beauté de ses migrants campant dans la rue, la diversité et la beauté des paysages de campagne indienne, le déchirement que je ressens à chaque fois que je dois quitter ceux que j'aime là-bas.... tous mes moments d'émerveillement et d'amours indiens font qu'une partie de mon coeur est toujours un peu triste lorsque je suis en France, et que l'Inde me manque en permanence, sournoisement, au fond de mon cerveau & at the bottom of my heart.

Difficile équilibre que d'être entre deux pays. Et je le sais, et je le vois, c'est le chemin qui suivent beaucoup d'adoptés adultes qui veulent renouer avec leur pays d'origine. Je pense souvent à eux lorsque je suis tiraillée entre deux, et  à ma fille que je vois doucement mais sûrement prendre ce chemin tant son amour et son envie d'Inde sont permanents et forts. Est ce que je leur souhaite d'avoir le même vécu que le mien ? Oui, car la double culture, surtout avec deux pays comme la France et l'Inde, est une immense richesse, un magnifique cadeau de la vie. Et que cette double culture me remplit des feux de la passion. Sans passion nulle vie ne mérite d'être vécue. Non, car elle génère aussi bien des souffrances, frustrations et noeuds au cerveau, et j'ai peur que eux aussi souffrent comme moi de ce tiraillement permanent...

Aujourd'hui, qqs jours après mon retour d'Inde, après nos tendres retrouvailles familiales, la rentrée scolaire et les nouveaux petits challenges de mes enfants, un rdv médical stressant mettant fin à une année d'angoisses, l'anniversaire de mon junior passé, les réalités françaises qui reviennent en boomerang, les grèves qui se profilent, l'inertie de notre économie française toujours au point mort.... Après tout cela, le blues de l'Inde vient subitement de me crasher à la tronche. 30 fois que je fais ces allers-retours entre mes deux pays, et punaise, toujours les mêmes effets kisscool après. Je pleure aujourd'hui l'Inde malgré le fait que je l'ai maudit pendant quasi tout mon séjour.... Je le sais au fond de moi : si je maudis l'Inde lorsque j'y suis, c'est uniquement car j'essaye de ne pas trop m'attacher à elle à chaque fois que j'y vais ; peine perdue, mon coeur a ses raisons que la raison ne connait pas, et chaque départ vers Paris se soldera par ce blues, ce petit chagrin d'amour.

Alors pour tenter de panser la plaie et avancer... je vous ai blogué ces intimes faiblesses... Pour mieux me comprendre et mieux avancer avec.




Vidéo mise sur mon mur facebook par une amie indienne pour tenter de me remonter le moral lorsque j'ai partagé mon coup de blues !!!

jeudi 20 août 2015

Pour l'Amour

Je le sens arriver, souvent une semaine avant mon départ pour l'Inde, lorsque je reçois les premiers chronopost des parents qui vont aller trouver leur place dans ma valise en attendant de se faire déchiqueter par les petites mains impatientes des enfants. J'ouvre les colis pour vérifier le contenu, et s'échappent des parfums féminins, j'aperçois un petit bracelet en perles au nom de la jeune adoptée, surement enfilé par une grande sœur déjà pleine d'amour pour cette petite sœur si loin et virtuelle, je feuillette rapidement les albums photos où je vois des regards remplis d'émotion de parents bien conscients pendant la pose de toute l'importance des clichés, je parcours les petites cartes où les cœurs et les "I love  you" se côtoient... A chaque fois ma gorge se nouent et mes yeux s'embuent, pourtant cela fait 10 ans que je fais ces mêmes gestes. Et oui, dans ces moments là, je sens tout leur amour arriver dans ma chambre devant ma valise éventrée, traverser mon corps avec une incroyable violence, faire vibrer chaque atome de mon être, et secouer mon âme de toutes ses forces. Leur amour que je transporte à chacun de mes voyages m'habite à quelques jours de mon départ, me fait planer, m'aide à quitter progressivement la réalité de mon quotidien et rendre les séparations avec mes proches moins douloureuses. Je suis déjà loin de ma vie à une semaine de mon départ, leurs petits paquets me transportent déjà vers mes rencontres indiennes et la pression sur mes épaules s'alourdit subitement.



Lorsque je me retrouve en Inde, et que je remets les paquets aux petits intéressés, les émotions des enfants si pures me traversent de la même façon dans l'autre sens. Ils réagissent fortement devant la découvert indirecte de ces parents abstraits qui deviennent subitement réels lorsqu'ils ouvrent leurs petits paquets. Il y a cette petite de 6 ans assise sur mes genoux dont subitement tout le corps  se ramollit comme celui d'un nouveau-né et qui bascule sa tête et son torse en arrière envahie par le bonheur de sentir aimée pour elle seule, et je soutiens sa nuque comme si elle était un nourrisson. Il y a ces deux petites filles qui spontanément me présentent leurs respect à l'indienne en me touchant les pieds (à mon plus grand effroi, ce serait plutôt à moi de leur payer mes respects vu leur parcours de vie !). J'assiste aux baisers sur les albums photo, à leur cris d'extase en découvrant une barbie (et pour une fois, je laisse derrière moi mes idées féministes sur la plastique de ces poupées et m'extasie comme le petite fille devant les  lunettes de soleil de la poupée !), je vois leurs yeux s'écarquiller en découvrant les détails de leur chambre, un petit garçon découvrant les joies des petites voitures ou la photo de la photo de la belle voiture rouge de sport de Papa... Il y a celle qui m'a fait un Namasté avec les mains pour me remercier de quoi, je ne sais pas, cette album de coloriage Mickey ou bien le fait qu'elle va avoir une maman ? Tant d'amour, l'amour le plus pur me traverse une fois de plus dans l'autre sens en direction des familles, me laissant en miettes, émue jusqu'à la moelle épinière, en miettes oui, mais en miettes heureuses et repues de ces traversées orgasmiques d'amour.

10 ans que je suis bénévole pour EdE. On me demande souvent pourquoi je le suis, pourquoi je continue sans salaire ni cotisation retraite, ni CE, ni stock options ni... Tant de réponses sont possibles, mais finalement, si je répondais tout simplement à ces questions :

"Pour l'Amour".

Y-a-t-il beaucoup de métiers sur notre planète où l'on peut aider à fabriquer de l'amour ? Et de surcroît en profiter un peu en voyeurs, de cet amour le plus pur qui est celui des amours naissants entre des enfants et leurs familles ? Et il y aussi d'autres amours dont je ne parle pas dans ce billet, ceux de la forte complicité que je peux avoir avec mes collègues à travers des joies et de peines vécues ensemble, et toutes ces rencontres fabuleuses indiennes dont les liens s'intensifient de voyage en voyages, et dont leurs paroles et gestes d'affection m'aident souvent à progresser dans ma propre vie pro et perso.

Hier, je discutais avec Asha et Silloo, deux de nos interprètes indiennes à Mumbai, et nous échangions sur nos anecdotes croustillantes, bien conscientes du privilège que nous avions de profiter de tous ces moments. Une chaîne de fabrication d'amour, voilà ce dont nous faisons tous partie : personnel d'orphelinats, OAA, interprètes, autorités centrales locales et françaises, juges, avocats, consulats, médecins, ASE.... Chacun a son petit rôle dans cette longue chaîne de fabrication d'amour, et rares sont les privilégiés comme moi et les interprètes à pouvoir bénéficier des effluves du produit fini ! En livrant ces paquets, je me sens comme la cariste en fin de ligne qui transporte sur son trans palette le produit fini, tout frais dégageant une enivrante odeur de lavande post distillation (précieuse
odeur de nos vacances d'été)...

L'aide à la fabrication d'amour, quel beau métier...

Oui, si je suis là en Inde en ce moment, ou derrière mon ordi et mon téléphone assise à mon bureau français, c'est uniquement pour cela.

Pour l'Amour.

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