lundi 9 mai 2011

De l'enfant imaginaire à l'enfant réel...

"De l'enfant imaginaire à l'enfant réel..."

Tel est le thème d'un stage que je vais bientôt suivre, co-animé par Anne-Marie CRINE, psychologue, et Sylvia NABINGER, docteur en droit de la famille. J'ai vraiment hâte d'y être car je ressasse sans limites ce thème dans ma tête ces semaines-ci (et cela pour bien des raisons !).

On le sait, la majorité des "parent to be" (en attente de son enfant) rêve de son enfant, l'imagine, et se fabrique ainsi un enfant imaginaire dans la tête, le temps de l'attente. Cela fait partie de la préparation de la parentalité, cette gestation intellectuelle. Dans le cas de l'adoption, la plupart du temps cet enfant n'est plus un nourrisson, il a donc son petit caractère, ses habitudes et un vécu souvent difficile. Alors notre imaginaire de parent adoptif invente et imagine ce petit être bien complet, et les situations dans lesquelles on aimerait se retrouver avec notre enfant (complicité, câlins, jeux etc.). Cet enfant imaginaire se construit avec comme point de départ les bribes d'infos que l'on peut glaner sur lui, tel que des photos, rapports dans le dossier de l'enfant, témoignages de ceux qui l'auraient vu.... mais ils se peaufine surtout avec nos fantasmes de parents  frustrés par ce désir de parentalité non assouvi !

Mais comme le disait le Dr. Choulot dans l'excellente émission, l'adoption : blessures secrètes , l'enfant réel adopté est pour la plupart du temps bien différent de cet enfant imaginé. Et dans certains cas cela peut être un choc terrible pour les parents.

Car non, aucun parent ne rêve, lors des longues années d'attente, de cet enfant si petit et si mignon...  mais violent, colérique, qui crache, mord, et tape sur tout ce qui bouge ! Personne ne rêve d'un enfant qui vous refuse en tant que parent que ce soit pour l'affect ou les soins. Personne ne rêve d'un enfant qui vous fuit, ne vous regarde pas dans les yeux, refuse de vous appeler maman ou papa ou qui n'aime ni les câlins ni les bisous. Personne ne rêve aux mensonges, rébellions, tests à n'en plus finir, vols ou défiances de l'autorité. Personne ne rêve d'un enfant angoissé et  velcro qui vous colle tellement qu'il vous étouffe et déséquilibre l'ordre familial jusqu'au risque de rupture, ou/et qui hurle toutes les nuits pour qu'on le rassure, qui ne peut s'endormir qu'après des longues heures de "berçage "et de rituels rassurants (et oui, personne n'avait rêvé de ces tassements de vertèbre du aux abus de portage hein !!!). Personne ne s'attend à découvrir des nouvelles pathologies médicales non annoncées dans le dossier, personne ne s'attend à assumer un âge réel supérieur à l'âge annoncé, personne ne rêve d'un enfant aux difficultés scolaires ou médicales nécessitant une attention soutenue, des consultations, du temps, des aménagements de planning non prévus...

Non, personne ne rêve de tout cela et de tant d'autres choses, lorsqu'on fabrique dans son esprit cet enfant imaginaire idéal et parfait, et c'est bien normal. Pourtant bien souvent,  cela fait bien partie des réalités de l'adoption, et il faudra faire avec. La plupart des familles réussissent à accepter ces différences et abandonner cet enfant imaginaire, mais pour d'autres, le cheminement est difficile, voire impossible.

Une image m'a apparue évidente pour illustrer ces propos : celui du trou de la dernière pièce à placer dans un puzzle. Lorsqu'on attend son enfant, on sent le vide dans son coeur, on parle souvent de cette place qu'on aimerait combler, que l'enfant à venir est la pièce manquante qui comblera dans tous les sens du terme ce "vide". En même temps que l'on imagine cet enfant qui répondrait à nos désirs et fantasmes de futurs parents, on "fabrique" cet espace vide qu'il viendra combler, avec des aspérités détaillées dans lequel on aimerait que l'enfant rentre parfaitement, comme lorsqu'on place la dernière pièce manquante du puzzle. Mais rares sont les enfants qui rentrent parfaitement dans l'espace qu'on lui a imaginé. Aux parents adoptifs d'assouplir les contours de ce trou et de transformer cet espace en lieu malléable et douillet que l'on pourra modeler en fonction des besoins et de la réalité de l'enfant. Mon côté très rose et Hello  Kitty me dit qu'avec l'amour, on arrive toujours a s'adapter à l'enfant et l'accepter tel qu'il est. Oui OK, je sais, je fais très Charles Ingalls lorsque je parle ainsi. Mais la réalité est tout autre parfois. Lorsque l'attachement avec son enfant adopté tarde à arriver, les parents ont ils toujours la force (ou le courage ?) de le faire ?

Exercice difficile, bien souvent. Surtout lorsque l'imaginaire est trop strict et exclusif, et/ou lorsqu'on a trop l'habitude des enfants rentrant parfaitement dans le moule souhaité par les parents. Beaucoup disent que cette flexibilité est plus difficile lorsqu'on a eu "que" des enfants bios. Je n'aime pas les généralités des ce genre, et j'aime donner des contre-exemples qui prouvent le contraire aux généralités trop ... "générales". De ma mini expérience dans le domaine de l'adoption, je constate que des parents stériles peuvent être d'une rigidité absolue, et des bios peuvent être au contraire très "open".

Quoi qu'il en soit, la flexibilité de l'espace qu'on crée dans nos coeurs pour accueillir notre(nos) enfant(s) doit rester malléable à souhait ; cela me parait essentiel pour que chacun trouve sa place dans les puzzles complexes que sont nos familles...

Et en guise de conclusion, je vous invite chaudement à lire les trois billets sur les troubles d'attachements parentaux rédigés par Isabelle sur son blog.

19 commentaires:

Balotine a dit…

très beau texte, et très belle image !

Laure a dit…

Enfant bio ou adopté dans les deux cas l'enfant rêvé n'est pas celui que l'on aura... Il y a des femmes qui juste après l'accouchement ne "reconnaissent" pas leur enfant aussi et le rejettent ! Il y a forcément un petit fossé entre rêve et réalité... Mais les deux peuvent parfaitement se rejoindre :-)) Il faut rester ouvert, et accepter d'être "surprit" par son enfant... Enfin, il me semble!!
Bisous Laure
http://suivre-mon-etoile.blogspot.com/

Anonyme a dit…

deux idées me viennent, apres le reportage de FR3




et les parents "bio" dont l'enfant developpe un
maladie qui nécéssite des soins, des interrogations, des contraintes, des angoisses....qui ne marchera pas ou qui presentera des TED ou qui ne sera jamais autonome. physiquement ou psychiquement .......correspond il à l"enfant rêvé " ? le rejetera t on pour autant ? le placera t-on à l'ASE ? il sera peut etre catalyseur de l'eclatement du couple, il sera peut etre au contraire fédérateur au sein de la famille;
etre parent que ce soit par l'adoption ou par "le ventre", c'est prendre un risque enorme sur la vie, et l'assumer....en général, c'est quand même un grand bonheur, heureusement.




Il me semble evident que des parents adoptifs qui acceptent un "grand" doivent s'attendre à avoir a faire, eux et leurs éventuels enfants "bio", un travail d'adaptation envers cet enfant qui n'a pas demandé à être déraciné, a venir ,petite tete brune ou frisottée dans une famille de blonds aux cheveux raides..moi, j'essaie de me mettre à la place de cet enfant et je crois pouvoir comprendre son désarroi, et son manque de moyens à l'exprimer.Quand la greffe ne prend pas....mais l'enfant, lui, dans tout cela, quel chaos !

voilà.
l'image de moushette sur la piece du puzzle est trés belle, trés vraie, .Etre parent, c'est aussi et surtout, apprendre à arrondir les angles, faire oublier les à priori, les certitudes, et savoir s'adapter
à son enfant.

post trés chouette !!!!!

annelise

Kakrine a dit…

Hello Moushette!
je trouve tes mots, une fois de plus, extremmement justes, lucides et touchants!
Ce stage s'annonce hyper interessant, il faudra nous raconter ça en détails!
Biz

Jean-Vital de Monléon a dit…

Très bonne équipe Anne-Marie et Silvia... donc ce sera un très bon stage... de l'expérience toutes les deux... pas des interprétations à partir de lecture dans un bon fauteuil.

Faites leur une biose de ma part !

Anne a dit…

j'aime bien tout, l'image et le texte...je m'y retrouve bien...

Moushette a dit…

@balotine : merchi (et à ce soir pr la gym !!).

@laure : oui ce billet peut s'appliquer aux deux types de parentalité, on est bien d'acc.

@annelise :
merci !
1. je me pose cette question tous les jours. une des différences majeures, c'est que les parents adoptifs posent un projet très clair avec des limites.

@kakrine, merci ! oui bonne idee, je vous ferai un cr !

@jvm : oui on m'en a dit bcp de bien. pr la bise... heu à voir !!!

@anne : merci ! contente de voir que toi et d'autres s'y retrouvent, je ne racontent donc pas que des cracks ! et j'ai bien aimé tes reflexions sur ton blog en retour.

Dominique a dit…

Merci pour ce très beau post

Moushette a dit…

@dominique : merci à toi pr le compliment !

Julien ChAbAdA a dit…

Profite bien de ce stage !
Vivement que tu nous en donnes tes impressions !

Amicalement,

Bises

Julien ChAbAdA

NB : vu que je t'ai déjà fait la bise "en vrai"(certes qu'à deux reprises jusqu'à présent, et le même jour...), je me permets de t'en refaire...
Et merci de continuer à être sur ce blog...

Moushette a dit…

@julien : bin v'la ti pas que toi aussi tu as des envies de bizz comme ton maitre jedi ?!! ce billet a des effets secondaires suprenants! merci pr les bons voeux pour le stage, ouaih, je vais tenter d'en profiter un max.

Stéphane a dit…

Je ne m'attendait à rien de particulier, je savais que l'adoption n'est pas magique "hope on s'aime tous en 1 second dans le plus beau pays du monde" (et non l'île au enfants n'est pas un mythe).

Je savais que nous aurions des crises de nerfs (impressionnantes), des comportements anarchique, mais notre chance est que nous avions des nouvelles régulières de nos enfants via mon association (qui travaille en Haïti mais pas dans le domaine de l'adoption).

Maintenant, les crises sont passé, de temps en temps ils font du boudin, a tour de rôle ou ensemble, comme tous les gamins que je connais ni plus ni moins et à aucun moment nous (4) nous imaginons les uns sans les autres.

La seule inconnue est le comportement du gouvernement actuel.

Moushette a dit…

@stéphane : mdr pr ta chute de commentaire, tu m'as bien eu ! as tu lu les orientations stratégiques 2011-2012 pour l'AI by le MAE ? Tu as le lien a droit dans la rubrique "les lecturs que moushette vs conseille".

Anonyme a dit…

Mon grain de sel,

très émue par ce billet, je souhaite dire que nous avions accepté un enfant grand avec particularités médicales soignables acceptés et sexe indifférent. Je crois pouvoir dire que nous n'avions pas un idéal d'enfant et que nous nous étions bien préparé à toutes sortes de difficultés. Mais nous ne nous étions pas préparés à LA RENCONTRE MAGIQUE, OUI JE L'ASSUME, LE COUP DE FOUDRE RECIPROQUE, PETRIFIES DEVANT CE BOUT DE GARCON QUI NOUS FIXAIT DROIT DANS LES YEUX, qui le soir même se Précipait dans mes bras en m'appelant MAMAN. Pas une larme, pas un regard en arrière, le premier à courir sur le tarmac de l'avion pour aller dans ce gros engin qui l'emmener vers un monde inconnu, pas une nuit de cauchemar,peu de difficultés d'adaptation scolaire...........et deux ans après un soir en rentrant de voiture, mon fils qui dit, Maman la vie est belle.
Certes nous n'avions pas d'image d'enfant idéal, mais je crois pourvoir dire que notre fils, à rempli toute la case du puzzle qui était vide.
jUSTE POUR DIRE QUE CA ARRIVE AUSSI COMME CELA ET QUE NOUS SOMMES BIEN CONSCIENTS QUE POUR N°2 CELA SERA DIFFERENT;

MERCI MOUSHETTE POUR TES BILLETS; eve

Moushette a dit…

@eve, merci pour ton grain de sel tres émouvant ! je te souhaite plein de bonheur avec ton garçon et plein de bonnes choses pour la suite !

z e n c h a dit…

enfant rêvé, enfant réel : affronter le handicap
de Patricia01 le Lun 7 Mar 2011 08:43
Sur le forum Enfance & Familles d'adoption

Moushette a dit…

@eve : merci pr ce grain de sel très touchant (jai déjà du dire ça dans un comment' précédent, mais il a été "mangé" pr blogger !)

@zench : merci pr le lien vers ce témoignage rempli de courage et de sincérité.

Cécile a dit…

Et que dire de la mère adoptive qui a attendu très longtemps et qui se retrouve avec l'enfant parfait, la crème des bébés et qui pourtant a aussi un énorme problème d'attachement ? C'est sans doute encore plus culpabilisant car cela vient forcément de nous, rien que de nous.
Très beau texte, très juste. Il faut que la place se fasse, même quand il y a un vide, les pièces ne sont pas forcément de suite compatibles.

Moushette a dit…

@cecile : merci. Oui, souvent les parents ont besoin de temps pour s'attacher à cet enfant si parfait. cela arrive tres souvent, mais pas grand monde en parle. alors on se sent bien seul, et souvent l'entourage vous enfonce dans la culpabilité. Mais pourtant, quoi de plus naturel que de prendre son temps pour apprendre à aimer ?

(et inversement aussi, on peut prendre son temps pour désaimer, et là je ne parle pas de parentalité ou de "maritalité", private allusion !!!!!!!).

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