lundi 20 août 2012

Night train

(suite de cet article)

"Everyday is so wonderful, and suddenly, it's hard to breath. And now and then I get in secure, from all the pain, I'm so ashamed..." chante Cristina Aguilera dans mes écouteurs alors que je suis allongée dans ce train de nuit, tentant de trouver qqs heures de sommeil.




Mon esprit retourne soudainement vers tous ces enfants, abandonnés dans les trains et gares. Qui d'une seconde à l'autre passent d'une vie familiale à un terrible trou noir, au stress, à une solitude et à une angoisse indescriptible suite à cette rupture soudaine, violente et imprévue, dans un lieu public grouillant de monde et de bruits inconnus. Il m'a fallu beaucoup de temps pour accepter de comprendre l'enfer que vivent ces enfants dans ces moments là, de tenter de sentir moi même l'ampleur de leurs souffrances. Maintenant, à chaque fois que je m'approche d'une gare indienne ou bien d'un train, j'y pense. Je pense à cet enfant, seul dans son compartiment, qui attend, guette le retour d'un parent, ne comprend pas le vide, a peur du haut parleur qui beugle dans la gare, a faim et soif, a envie de faire pipi mais n'a personne à qui réclammer des soins. Il se retrouve seul parmi les étrangers, à pleurer son désespoir. La plupart doivent l'ignorer ou le regarder avec curiosité... Une âme charitable s'occupera sans doute de lui au bout d'un certain temps (oui mais combien de temps, de gares ?), puis il y aura le" défilé des autorités : le chef de la gare, puis un policier, puis le poste de police, un médecin, d'autres policiers puis au bout des démarches, un premier "shelter" avant d'arriver à un orphelinat après plusieurs semaines (et ensuite peut être un transfert vers un autre orphelinat).



J'imagine ces petits bouts espérer pendant longtemps le retour des parents et les réclamer au personnel, puis un jour oublier un peu, déconcentrés par leur présent et futur immédiat en orphelinat. J'imagine ces grands comprendre assez vite ce qui leur est arrivé, comprendre les raisons (un nouveau beau père qui les battait et qui ne veut plus d'eux ou trop de bouches à nourrir ou trop de filles ou parent décédé et l'autre dépassé etc.), espérer tout de même un peu, puis un jour comprendre vraiment que cette séparation est sans retour, et sentir monter la colère ou la dépression, et ce sentiment de n'être qu'une merde au regard de ceux qui lui était chers. Que de souffrances, que d'angoisses et que de stress chez ces anges qui n'ont pas mérité tout cela...

Leurs tortures m'envahissent dans ce train de nuit, et ma solitude et ma fatigue aidant, je pleure en silence, un petit peu, en pensant très fort à tous les enfants qui me sont chers et qui ont vécu de pareils moments....



Et puis le réveil sonne, je me prépare doucement à descendre du train hébétée par si peu de sommeil mais heureuse d'avancer dans mes aventures. Je vais dans le couloir attendre ma gare avec mes affaires. Je me retrouve nez à nez avec une demi douzaines de policiers dont plusieurs en civil, portant des mitrailleuses !! Ouaip, ça réveille ce genre de vision, même à 4 heures de mat' ! "Je vous salue bien bas messieurs..." dit mon sourire poli et mes yeux qui longent le sol... :-) En fait, un VIP politicien est dans mon compartiment, et ces messieurs sont ses gardes du corps.... Je rêve de prendre une photo de leurs mitrailleuses, mais je me dis que ce n'est pas le moment de faire l'idiote pr épater les potes sur instagram !!! Arrivés dans notre petite gare de campagne, le comité d'accueil attend le vip, guirlandes de fleurs à la main. Moi je descends doucement, et les émotions m'envahissent encore. Cette gare, cette gare, j'y suis. Mon taxi est là, il me parle du VIP qui était dans mon compartiment, un politicien, un "good man" parait-il...  J'arrive à mon hotel, je suis surclassée, zavaient plus de chambres de la catégorie (modeste !) que j'avais réservé, la chambre est belle est spacieuse, la ville est paisible est verte, l'aube se leve. J'allume la télé, je lis mon journal, et je vois à quoi j'a échappé à Mumbai... Mais ici la campagne est verte, et j'aime déjà cette petite ville calme et sans intérêt à première vue, sans touristes. Pour remplir mon dimanche sans rdv, j'irai visiter un temple pas loin, mon Nikon à la main ! Seule ? Non je ne me sens jamais seule en Inde, ce pays me porte, mes pensées et les souvenirs aussi.  

6 commentaires:

Balotine a dit…

cette photo est magnifique... L'image est très forte. On lit tout dans le regard de cet enfant

mirtille a dit…

Oui vraiment une très jolie photo... plein d'émotions en te lisant et en pensant à Jyoti .

Moushette a dit…

Merci !!

Kakrine a dit…

Hello Moushette!
Très beau texte, les récits de tes aventures indiennes sont toujours passionnants, et là, j'ai tout lu à la file, ayant loupé au jour le jour pour cause de vacances un peu déconnectées sur la fin!
Tes photos sont, comme toujours, top, en voir une donne envie de voir la suivante, et celle d'après.... Tes photos d'enfants son bouleversantes.
Merci de ce partage...
Bises

Moushette a dit…

Merci à toi pr ce gentil comment Kakrine !

Mitri Luisier a dit…

Joli blog !! C est juste trop bien !!! On attend la porte de sortir ... Et le jour ou l on voit 4 bras . On saute ! Et on ne les lâcher pas ;) !!!
N est-ce pas Calcutta l endroit ou la seul boisson est le coca ???? !!!!
NOstagiiiie ..... <3 nous n attendons pas de la pitié mais de l amour et de la compassion<3

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