samedi 5 juin 2010

Moushette au pays non merveilleux de l'apostille

Jeudi, nous avions donc comme mission de faire apostiller certains documents du dossier, car cette apostille est réclammée par l'ambassade de France pourla demande de visa.

L'apostille en Inde, ce n'est pas simple, évidemment.

Il faut d'abord faire une pré-légalisation locale, dans la ville où se trouve l'orphelinat, et c'est donc le "state department" régional qui s'en charge. A Bhubanewhar, cette pré-légalisation a duré 3 mois.

Oui, 3 mois pour un simple coup de tampon rouge.

3 mois pendant lesquels l'orphelinat a du envoyer en permanence un de ses salariés au state department pour suivre le dossier, harceler le personnel afin d'être certain que nos dossiers ne soient pas oubliés sous un tas.
Et surtout 3 mois en moins pour les gamines. 3 mois de moins qui les empêchera de faire une rentrée scolaire avant les vacances d'été. Trois mois de moins pour apprendre le français en famille avant septembre. 3 mois de moins d'amour et de vie dans leurs familles en France.

Ce n'est rien 3 mois ? Elles ont déjà 8 ans bientot 9 ans, 3 mois c'est énorme, il y a tant de retard à rattraper.

Bref, revenons à l'apostille. Nos dossier comportent tous le tampon du "state department", la mission du jour sera donc de les faire apostiller. Grâce aux précieux conseils du responsable d'un autre orphelinat, nous savons que pour gagner du temps, il faudra faire le taf entre meufs, car le bureau des apostilles a une file d'attente pour le meuf, permettant de gruger les mecs....

Bref nous voilà parties à 5 femmes, les 3 mères et les 2 accompagnatrices.  Notre taxi nous dépose au Patiala Office, centre où,de nombreux avocats et notaires ont leurs bureaux. Nous rentrons dans la ville dans la ville : un dédale de ruelles piétonnes remplies de minis bureaux d'avocats, de scriptes où s'affairent  des flots d'avocats pressés, que l'on reconnait aux veste noires et cravates blanches en V inversés.... On se croirait dans un autre monde, l'ambiance est totalement dépaysante, fascinante et surréaliste. Si le lapin d'Alice au PDM surgissait d'une des ruelles j'en serais à peine étonnée !

Nous finissons par trouver la poste, et je demande au premier guichet le document nécessaire pour notre demande d'apostille. On me répond immédiatement, et on me demande de passer au guichet suivant à droite. On me répond immédiatement, et on me demande de passer au guichet suivant à droite une fois de plus ! Là on me fait patienter un temps certain, et ouf enfin qq'un me tend les docs modulo qqs roupies.

Fières d'avoir obtenues la réponse à la première énigme de notre chasse au trésor, nous nous lançons avec entrain vers le document où l'on apostille les documents. Nous voici dans la salle fétide des apostilles...

Comme me l'avait dit un responsable d'orphelinat, il y a bien deux files d'attente : l'une pour les hommes (longue) et une autre pour les femmes, plus courte. Chouette ! Sauf que les deux files se rejoignent, il y a un guichet pour les deux, pouasse.... C'est donc la foire d'empoigne entre les hommes et les femmes pour savoir qui va passer devant qui... Sachant que tous les quart d'heure il y a une femme ou un homme qui se pointe et qui tente de doubler tout le monde !!! On est obligé de beugler, de faire des coudes, de jeter des regards implorants au garde armé pour qu'il fasse son taf de discipline. Il n'y a pas de clim', et plus on avance, plus on est écrasés les une contre les autres. Témpérature d'envion 40°C comme dehors, une maman commence à se sentir mal, les gens commencent à s'énerver car l'heure passe et l'heure de fermeture approche à grands pas. Mon coucher à 4 heures du mat commence à se faire sentir, j'ai la tête qui tourne et les jambes qui vacillent. Mais non, je dois me concentrer à réussir à placer ma main avec les 3 dossiers dans la microscopique fenêtre du guichet pour avoir une chance de faire apostiller les documents aujourd'hui... Celui ou celle qui a le plus grand bras a un avantage évident, et on se bat pour 2 cm de guichet. Les gens deviennent peu à peu bestiaux, et le temps d'un instant je me demande ce que je fous là ....

Enfin notre dossier est pris. Ouf ! Je suis pliée en deux accroché au guichet pour guetter ce qui se passe dedans. Le guichetier appelle son chef qui vient vérifier notre dossier . Il prend son temps et me dit la chose suivante :

"Vous devez aller à la CARA et me fournir une attestation de leur part".

Hein une attestation de la CARA ? Ca va pas bien mon gars ?

Et une idée traverse mon esprit : "Les filles, sortez vos NOC !". Clac clac clac on entend les élastiques des 3 chemises, et illico presto je lui dégaine les 3 NOC. Il est déçu, il espérait nous virer avec ça.

Mais là il nous répond : "mais il me faut deux copies de tout le dossier !"

Merdasse, ça on n'a pas. On file dehors, il y a un magasin/photocopieuse sur le trottoir qui fera l'affaire. On organise un travail à la chaine pour les photocops et une de nous retourne au front pour anticiper la place dans la file d'attente...

De retour au front, je constate que l'ambiance est devenue très nerveuse. Bien sûr il est impossible de doubler tout le monde comme l'avait suggéré le chef. Les indiens commencent à protester, pousser, alors moi j'insulte tout ce petit monde en francais.... Une femme m'écrase exprès le bras, j'ai mal, j'ai chaud, je suis trempée de sueur et je n'en peux plus. Nous sommes chez les sauvages, l'homme redevient bête... Les autres m'encouragent derrière, mon équipe de rugby féminine française fait le maul pour m'approcher vers la ligne de touche.... Finalement les dossiers sont repris par le guichetier, tout est OK car le gars a à peine le temps de regarder tant les gens hurlent autour de moi !!!!!

Le reçu en main je pousse un grand cri de victoire repris en coeur par toute la bande de françaises !!! Enfin le trésor, le saint graal ! Ce soir elles pourront revenir récupérer les docs apostillés. Oui mais à quelle heure ? Les horaires affichés disent 16h-17h00, mais le garde nous suggère de venir à 17h00... Nous opterons pour le 16H, et effectivement les guichets n'ouvriront qu'à 16h30...

Voilà donc à quoi nous avons passé notre journée de jeudi, plutôt que de se concentrer sur l'attachement entre les enfants et leurs parents...

14 commentaires:

Anonyme a dit…

Bravo encore. Ne despérez pas. Nous sommes avec vous par la pensée. Courage donc.
Bisous à Snigdha Marie et Nico sans vous ouvlier évidemment
Francoise et Jean-Yves

Isabelle a dit…

Donc je résume, prendre la file d'attente des femmes, avoir sur soi le NOC, 2 copies du dossier et???
Moushette, il va falloir écrire le guide des trucs et astuces du parcours administratif en Inde...

Bon courage,

Isabelle

Mimi a dit…

Bravo et courage pour toi et tes "françaises " !!!
Bisous

Les Vents du Monde a dit…

On se croirait dans la maison qui rend fou des 12 travaux d'Astérix... alors bravo pour l'exploit !
Soazig

phypa a dit…

Bravo et bon courage. C'est vrai qu'une fois l'apparentement fait, toutes ces absurdités administratives sont insupportables.

Carole a dit…

Étonnant ce parcours administratif interminable, ici ou là-bas... Mais qui a pensé ce "système" ? Il doit bien y avoir un moyen de faire plus simple, plus rapide et aussi sûr...? C'est quoi l'enjeux exactement ?
Quel soulagement j'imagine, que cette étape soit derrière... :-)

Carole

Zébuline a dit…

finalement chez nous c cool!!

Anonyme a dit…

et oui, in India No Problem!!!
geneviève la vielle cigogne.

sylvette a dit…

Je pensais que Mr JP Moncheau devait vous aider au niveau des apostilles ou faire en sorte de faciliter les choses(ds l'un de vos billets).
Grand dommage que ce passage obligé car c'est vrai, cela prive les familles de profiter pleinement du pays de leur enfant.

Sylvette

Virginie, maman d'Anaïs a dit…

Bravo Moushette ! Faire ça pour soi c'est déjà un exploit mais alors pour les autres : triple bravo !!!
Je ne vais finalement pas me lamenter de l'administration italienne... (et dire que j'ai failli aller vivre en Inde ??!!).
Bonne fin de séjour et gros bisous
Virginie, maman d'Anaïs

Dominique a dit…

Quel courage, patience, et complicité de femmes, on visualise la scène comme si on y était! Pire qu'un marathon. Quelle perte de temps qui aurait pu être consacré aux enfants. Les mauvais côtés de la paperasserie.
Merci pour tout ce dévouement

Dominique

Béa a dit…

Quel récit, on s'y croirait !
Ce fut la jungleuuuuuuuuuuuuuu bravo à vous toutes vous avez réussis !!!!!!!!!

Béa

Kakrine a dit…

comment tu dis déjà? "Incredibeul India" je crois!!! ça a dû être dément! mais je pense que c'est sûrement comme ça dans d'autres pays aussi ... les joies de l'adoption...Chapeau bas en tous cas! quelle efficacité, le top! "tes" familles ont bien de la cahnce de t'avoir! bonne fin de séjour!
KAkrine

nissa a dit…

Jusqu'à présent, en lisant l'aventure de ces familles, j'aurais voulu y être...

Là, bizarrement, un peu moins...

En même temps, nécessaire mais belle solidarité entre vous 4...

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