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samedi 11 janvier 2014

Traits d'union

Certains disent que nous sommes des cigognes, d'autres que nous sommes les sages-femme de l'adoption. Œuvrer pour l'adoption, c'est aider deux entités, d'un côté une famille, de l'autre côté un ou plusieurs enfants, à se lier pour construire un futur commun. J'aime bien définir nos rôles comme celui des traits d'union qu'on peut trouver dans la langue française, assemblant deux mots souvent bien différents, aux origines peut être différentes, à ne former plus qu'un seul ensemble.

Récemment, le hasard ou sans doute le destin (comme diraient mes racines indiennes) m'ont amené à devenir ce trait d'union une fois de plus entre deux êtres que tout séparait, hormis la génétique : R., une femme de ma famille éloignée, déjà mamie, habitant en Allemagne, voulait faire la paix avec son passé, et revoir ce père biologique qu'elle n'avait jamais connu et qui vivait en France. Elle ne savait pas s'il était encore vivant et disposé à la revoir... Face au premier barrage, celui de la langue, je fus choisie comme interprète et médiatrice pour ces retrouvailles. Au fur et à mesure des traductions des lettres, ce fut pour moi une grande émotion, que de découvrir l'intimité de cette femme, le vécu de son enfance avec mère mais sans père, sa souffrance, le manque toujours présent, les conséquences sur son caractère, ses choix de vie. Ce rôle de traductrice par le choix des mots et la rédaction des phrases, m'a permis d'approcher bien plus près son vécu que n'importe quelle simple conversation ou lecture passive.

Puis il y eut ce jour où lors de notre passage en Allemagne, nous devions passer le fameux coup de fil pour tenter de renouer les liens cette fois ci par la parole en "live" au téléphone. R. avait beau avoir passé la soixantaine et être une mamie et une mère comblée, elle était assise à côté de moi pliée en deux par les angoisses et le stress... Les autres adultes de la famille étaient à côté d'elle et nous partagions tous ses fortes émotions. Les enfants jouaient doucement plus loin, comprenant à demi-mot l'intensité de la situation.

C'est les mains tremblantes et la voix chevrotante que je composai le numéro de cet homme qui était un parfait inconnu pour moi. Quelle émotion nous avons vécu lors de ce coup de fil ! L'homme bienveillant était disposée à revoir sa fille biologique, et R. à côté de moi en pleurait de joie ! Après avoir raccroché, je me souviens de son bonheur, de sa vague de mercis, de la bouteille débouchée pour trinquer à ce succès, des étoiles qui brillaient dans ses yeux, de son énorme sourire ! Ce fut un grand moment d'émotions, la lourdeur de la responsabilité était intense, mais quelle profonde satisfaction d'avoir pu jouer autrement que dans l'adoption ce petit rôle de trait d'union !

Cela a été aussi l'occasion avec les enfants de discuter de tout cela, comprendre la souffrance de certains enfants qui n'ont jamais connu leur père ou leur mère, faire des rapprochements avec les souffrances liées à l'adoption, le veuvage...  Tant d'enfants, d'adultes, de mamies et de papis souffrent encore avec leur "Papaououtai ?" (ou Mamanoutai !) comme dirait Stromae. Rares sont ceux qui retrouvent la personne désirée. Cette chanson de Stromae, parlons-en, a tout de suite trouvé écho dans l'oreille des enfants, et ils ont vite voulu comprendre de quoi ça parlait ! Alors oui, R. est une Stromae, tentons de comprendre leurs vécus.

Souvent, je pense à ces vies, celle de ce père biologique, celle de cette petite fille sans Papa, devenue femme, puis mère, puis mamie. Mais toujours sans papa. R. a décidé de le recontacter son père lorsqu'elle a vu débarquer dans sa famille, suite au mariage de son fils, notre famille française. Sinon, elle n'aurait sans doute pas osé le faire,à cause de la barrière la langue qui aurait trop compliqué les choses. Aussi, son fils venait d'être Papa, et  la venue de son premier petit-enfant l'a également poussé à rompre  le silence. Et moi j'aime bien dire que c'était le destin, qu'une des raisons de l'union de nos deux familles est qu'elle puisse enfin trouver la paix avec son passé tourmenté. Sachant que l'union se faisait via une de mes cousines d'origine indienne mais vivant en Allemagne, ce n'était pas gagné d'avance, le rapprochement franco germanique !

Peu de temps avant les fêtes de Noël, j'ai reçu un appel d'un inconnu sur mon portable. Ce monsieur avait retrouvé un peu par hasard mon téléphone dans les papiers de son père. Il m'appelait pour annoncer le décès de son père, qui était aussi le père biologique de R., et il souhaitait que je lui transmettre la triste nouvelle. Quel choc. Mais quel courage aussi de m'appeler et d'en informer celle qui avait été le sujet tabou qui a hanté toute son enfance. Il l'a fait au nom de son père dit-il, car il savait qu'il l'aurait voulu. Il m'a aussi confié son côté de l'histoire, comment sa propre famille a vécu avec cette situation, et j'ai une fois de plus refait le trait d'union dans les deux sens entre les deux parties. 

La page de cette histoire est maintenant bientôt tournée, sans doute trop vite, mais au moins ils ont pu se revoir de façon heureuse avant sa mort. Ainsi va la vie...

Et souvent, pour accompagne ces pensées ou les autres  lors de mes trajets routiers, je pique le CD de ma fille et j'écoute à fond et en boucle la racine carré de Stromae que je kif graaaaaaaavvvv..... Papoutai, je retrouve tant des ces lettres traduites dans ce que dégage cette chanson.

mardi 3 décembre 2013

Le VRAI et le faux...



Que de semaine se sont écoulées depuis mon dernier billet. Que de changements dans nos vies depuis, que d'événements aussi. Nouvelle maison, nouveau bled de résidence, nouveaux rythmes de vie, découverte de la vie de collège avec Nishal, découvertes de bugs dans notre nouvelle maison à gérer en urgence, mais grand plaisir d'y être, malgré le deuil qui nous a frappé de plein fouet sans crier gare, et nous a plongés dans un chagrin infini le lendemain de notre déménagement. La famille s'est resserrée pour affronter l'épreuve, chacun à sa façon a pu exprimer son chagrin, sa frustration, sa désolation. Notre vie a changé, mais nous avons changé aussi, moi notamment, ce virage dans nos vies a été l'occasion de passer à autre chose dans bien des domaines (j'ai perdu mon humour caustique et j'ai beaucoup de mal à écouter autre chose que du classique, quel malheur !!!!).

Qu'est-ce-que la famille, la VRAIE famille ? Gabriel, notre dernier, qui n'a vécu que 2 ans en France, a lui aussi vécu et exprimé son deuil de perdre son grand-père paternel trop tôt et de voir toute la souffrance des autre membres de la famille. Il n'avait eu que deux ans pour le connaître, mais on chagrin était VRAI, ses questions étaient précises, son angoisse était visible. Nul doute que les VRAIS liens familiaux sont bien loin des liens génétiques...

Notre famille a chancelé, a tangué dans cette période longue en épreuves, rebondissements, stress et fatigue. Et comme à chaque période éprouvante, nous avons chéri les VRAIS proches qui ont partagé notre douleur et montré leur affection par leur gestes, leur présence, leurs tendres mots. Je parle de notre cellule familiale à 5, mais je le constate aussi, autour de ma belle-mère, subitement seule, et dont la vie est bien plus transformée et remplie de souffrance et de vides à combler que les nôtres.

Dans les longues étapes du deuil, nos VRAIES richesses brillent encore plus qu'avant, et comme un phare elles nous aident à avancer et à garder le cap. Merci à tous nos phares d'être là, certains se reconnaîtront sans doute à la lecture de ce billet.


vendredi 30 août 2013

Like a rolling stone...

Il a fallu 43 ans pour que je me rende  à cette évidence : je suis minérale ! Oui, je suis accro aux pierres, depuis toujours, la pierre est mon élément, mais je ne m'en étais jamais rendue compte. C'est notre nouvelle maison qui m'a fait cette révélation, ses murs en pierres me comblent et m'apaisent. Aucun enduit, peinture ou papier peint ne peut arriver à mes yeux à égaler leur beauté brute et majestueuse. Comme beaucoup, depuis toujours j'ai adoré les paysages granitiques ou caillouteux : côtes bretonnes, seychelloises, canyones, paysages corses, espagnols, indiens, montagnards, forêt de Fontainebleau, Haute Provence etc. Je fonds pour les régions aux maisons en pierre, pour les villages anciens construits bien avant l'invention du triste parpaing, j'adore déambuler dans les villages anciens abandonnés où végétation se mélange aux pierres.

Pendant longtemps je pensais que mon élément était le bois, tant je chéris nos meubles et objets sculptés en bois anciens, les chênes et autres arbres majestueux que j'ai croisé lors de nos voyages.  Mais j'aime contempler l'oeuvre du temps sur les pierres, et caresser leurs parois rugueuses...


... sans doute assorties à mon caractère tout aussi rugueux ?!!! La pierre est vivante, elle peut être froide à premier abord ou au contraire d'une douce tiédeur après une journée chaude d'été, elle peut aussi transpirer lorsqu'il fait bien chaud et humide...

Petite, déjà, je collectionnais les minéraux et j'adorais passer des heures dans le carrières à la recherche de fossiles, silex, cristaux... Moyenne, c'est Mister Moush qui m'a fait découvrir ses randos, canyones et villages abandonnés qui ont bercé son enfance. Grande, les pierres ont rejoint la déco de notre maison, elles m'évoquent nos randos de vacances, nos ricochets, et j'aime les manipuler en me souvenant de tous ces bons moments d'été...

Je suis minérale, oui, cela me sied bien. Et je l'assume.

mardi 18 juin 2013

Désencombrer


Désencombrer, jeter, ranger, vider, purger, organiser, optimiser... Ces verbes sont bien fréquents dans mon vocabulaire ces temps-ci.

Ma vie se résume à des négociations hardues : "si tu ne jettes pas tes vieille K7 audio d'ABBA moisies à la cave, je garde mes vieux négatifs de photos  !!!"(tout aussi moisis à la cave je vous rassure !!!).

Passer d'une maison moyenne avec sous-sol à une grande maison sans sous-sol n'est pas une mince affaire pour une famille de fétichistes ! Alors, on tente de jeter le superflu, de ne garder que l'essentiel, relooker et rendre l'existant sexy pour les photos d'agence et visites. La maison se vide, s'épure et devient plus belle dans sa simplicité. On retombe un peu amoureux de cette maison comme à nos premiers jours il y a 14 ans, maintenant que les jours parmi elle sont comptés, on admire ses photos d'intérieur comme si on la découvrait pour la première fois... Dans les lacets de la route de monbledpaumé actuel où j'admire toujours cette vue du bled qui me coupe encore le souffle, mon coeur se glace à l'idée de perdre mes voisins de ma tendre rue, de voir moins souvent ce beau village dans cet écrin de bois, de ne plus avoir les chants d'oiseaux à mon réveil, ni voir s'épanouir notre jardin... Notre nouveau bled sera bien différent. Passer du paumé à l'ultrapaumé tel est notre challenge, passer du rural à l'ultra rural, avec des nouvelles contraintes à gérer. Oui mais dans une maison coup de coeur qui réunit tant de nos critères rêvés...

Désencombrer, jeter, vider... Le désencombrement se fait naturellement dans ces périodes transitoires. Un peu comme lorsqu'on on attend son enfant qui est au loin dans un orphelinat ou sûrement lorsqu'on est enceinte. Le tri ne se fait pas que dans les placards. Mes déplacements se résument au strict minimum, mes achats, mes échanges. Je suis retournée dans ma grotte où je me cache en attendant les jours meilleurs. Je garde ce et ceux qui comptent, le solide, le costaud, les valeurs sûres. Enfin, à qqs exceptions près. Bon, je vous l'avoue, je suis devenue très causante et très fusionnelle avec .... nos pauvres agents immobiliers et banquiers !!! Menfin mis à part ça, je suis plutôt dans une phase néolitique... Oui dans ces périodes de transition, les évidences deviennent visibles, et le tri se fait tout naturellement. Désencombrer, jeter, purger...

Les noeuds de notre famille se resserrent, nous formons une équipe complémentaire, solidaire et unie. Il y a du stress, des dos qui se bloquent, des migraines, des maux de ventre, des insomnies, mais aussi des rires et pas mal de délires ! La monotonie du train-train fait place à l'adrénaline, l'excitation, les suspens, les projections et les rêves, et beaucoup, beaucoup de stress car les choix sont risqués... Les petites travaux longtemps retardés sont tous torchés, les idées fusent, les choix s'opèrent vite, quel rajeunissement  soudain après ces années d'engourdissement ! Les compromis se trouvent vite, sur la future déco, l'emplacement du piano, l'organisation de notre nouvelle vie... Oui, les noeuds se resserrent dans notre famille, nous ne formons plus qu'un tout. Dans les moments de grands doutes, les grands enfants étayent les parents au moment des décisions cruciales, et nous tous épaulons et accompagnons notre petit qui vacille dans cette phase de transition insécure...

Désencombrer et ne garder que l'essentiel. Moi, cette ancienne urbaine, à l'enfance ancrée dans le béton avec vue sur Tour Eiffel, j'ai découvert pendant toutes ces années dans monbledpaumé un amour illimité pour la vie à la campagne. La communion avec la nature, la solidarité et le partage entre les villageois, et ce sens de la communauté et de la solidarité si précieux à mes yeux. Mon bled m'a donné quelques bons amis aussi, amitiés qui je l'espère survivront à notre exode (de 10 kms !). Quitter mon bledpaumé est un déchirement, mais je garde au fond de mon coeur tout ce qu'il m'a appris et donné, comme de précieux trésors, qui me serviront sur notre nouvelle route.

Une nouvelle aventure pour tous, où des clins d'oeil du destin nous font la cour comme si nos décisions étaient les bonnes, mais qui sont suivis juste derrière de sales coups de pieds qui me plongent dans la rage et le doute sur les décisions prises. Pas mal de galères qui s'enchaînent aussi, dans un chemin bordé de doutes, d'angoisses...

Alors bon, le blog et l'adoption-world dans tout ça... Pas trop le temps ni surtout l'envie pour l'instant vous l'aurez compris.... Moushette est en sommeil mais reviendra surement lorsque nos vies seront stabilisées. Et puis quoi dire aussi ? J'ai l'impression d'avoir un peu fait le tour du sujet, et de n'avoir plus rien à dire !

Aussi, marre d'entendre toujours les mêmes choses sur l'adoption tout le temps, marre surtout de voir que rien ne bouge en France. L'immobilisme, le fatalisme français dont notre adoption internationale semble bien souffrir sont navrants. Il n'y a que les adoptés (CNA) qui semblent avoir la pêche, et qui ont organisé organisé leurs conseils généraux avec brio ! Je regrette de ne pas y être allée, et je regrette aussi que la salle n'ait pas été plus remplie ! Quoi, pas de postulants pour participer à cette journée organisée par les adoptés ? Et si c'était votre futur enfant qui organisait, vous y seriez allés hein ??!! Bon je ne pousse pas trop la gueulante, car je suis mal placée pour critiquer, je n'y suis pas allée moi-même... Mais prochaine fois, j'y serai sans faute !

En attendant que les jours soient meilleurs, je continue mon travail de fourmi chez EdE, et chaque enfant pour qui on trouve une famille est une victoire de plus, à savourer avec bonheur, sans modération !

mercredi 30 janvier 2013

Peurs...

The Scream - Edvard Munch


La peur.

La peur est un sentiment que nous côtoyons tous au quotidien dans nos petites vies : peur de perdre un proche lorsqu'il est malade ou lorsqu'il se met volontairement en situation de risque, peur de perdre son enfant lorsqu'il grandit et s'envole vers son autonomie, peur de perdre son travail et de ne plus pouvoir payer toutes les factures à la fin du mois, peur d'être encore trahi, peur de mourir lorsqu'on sent son corps et son esprit vieillir, peur de ... , peur de... Peurs. Il y a aussi la peur des inconnus, la peur des gens différents de nous qui peut se transformer en racisme chez les adultes ou en moqueries dans les cours de collèges, d'écoles. Nos vie sont peuplées de peurs, petites et grandes, il y en a tant et nous devons cohabiter avec.

Comme tout le monde, j'ai les miennes, que j'essaye d'analyser, décortiquer afin de pouvoir mieux les dominer ou tout du moins les accepter et vivre en harmonie avec, sans qu'elles ne prennent le contrôle. J'essaye de lutter contre la paralysie qu'elles génèrent : je les écoute, les comprends et les digère mais je continue d'avancer bien qu'elles soient toujours là.

La peur, les peurs,  je les ai côtoyées dans l'adoption, bien évidemment. Une parentalité atypique par rapport à la sacro-sainte biologie, quoi de plus logique ? Peur bien sûr avant de devenir le parent de chacun de mes enfants comme tout "parent-to-be". Oui, j'étais taraudée de peurs, de doutes et de questions avant la rencontre. Et à chaque fois, mes peurs étaient infondées, puisque les problèmes rencontrées étaient bien ailleurs que là où je les redoutais ! Ah, les surprises de la parentalité, nos vies seraient si linéaires sans elles, adoption on pas...

Et puis bien sûr des peurs j'en ai eu pas mal, oui même beaucoup pendant ces 8 ans de bénévolat en OAA. Des peurs, des doutes, des prises de tête à n'en plus finir. Mais comme pour mes propres peurs familiales, elles étaient pour la plupart totalement infondées, et les tristes surprises sont arrivées là où je m'y attendais le moins. Dans les périodes de grandes difficultés, ces épreuves pour tous ont eu un lourd impact sur mon moral et mes motivations : doutes, peurs et incertitudes ont fait leur grand retour, j'ai cherché, cherché et encore cherché à comprendre, sans juger, sans accuser, juste comprendre. Mais j'avais peur d'avancer, de recommencer. Et puis avec le temps, les peurs et leurs copines sont retournées dans leur terrier, et j'ai pu continuer d'avancer. Avec certes moins d'illusions, mais en regardant en avant plutôt qu'en arrière.

Aujourd'hui je me pose encore et souvent la question, sur ce qu'est "une adoption à risque". On a tant entendu parler des ces enfants appelés "à risque" souffrant de troubles de l'attachement. Et que dire de tous enfants que beaucoup de spécialistes regardent d'un mauvais oeil : les enfants grands, les fratries, les dossiers aux vécus lourds.... Pour eux, je ne me pose pas trop de questions, je les regarde simplement s'épanouir ou faire face à leurs épreuves avec leur étonnante résilience. Leur capacités de reconstruction ou de construction me laissent encore et encore sans voix. Je les kifs tous, un par un, je les trouve tous admirables.

Mais revenons à nos moutons de "l'adoption à risque" et abordons le sujet essentiel de ce billet : les "familles dites à risque". Les célibataires sont souvent les premiers pointés du doigt par les professionnels, les couples âgés aussi, d'autres jettent la pierre aux familles divorcés. Des professionnels lancent des avertissements, appellent à la vigilance ou brandissent la menace de "l'échec". A peur... A trètrèpeur.... Pourtant, pour chacune des ces familles "atypiques", je vois tant d'adoptions belles et épanouies, j'ai terriblement du mal à généraliser ou leur coller l'étiquette du risque d'échec ! Et je souris souvent aux raccourcis trop réducteurs...

Les seuls risques que je connaisse chez les familles et que j'ai réussi d'identifier dans les postulants avec un vrai projet parental, c'est celui des familles mal préparées aux réalités souvent difficiles de l'adoption, et/ou trop dans un imaginaire rigide de leur enfant, et/ou très peu disponibles matériellement pour consacrer tout le temps qu'il faut pour leur enfant.

Pour ce dernier point, vous pourriez me répondre que les célibataires sont seul(e)s pour élever leurs enfants, et donc qu'ils sont moins disponibles que les couples. Il est vrai qu'élever seul(e) son ou ses enfants demande une énorme disponibilité matérielle et affectivité. Point de vue perso, dès que je me retrouve seule avec mes enfants, je rame, et j'envoie des palmes virtuelles à tous les parents solos que je connais (divorcés, veufs, ou solos par l'adoption) qui élèvent leurs enfants avec brio !!!  Les familles monoparentales que je connais, que je côtoie ou que j'observe me donnent  pour la plupart une telle impression positive que je n'ai qu'un mot qui me vienne à la bouche : RESPECT. Respect de leur façon d'élever leur enfant malgré toutes les contraintes et frustrations. Dans le cas de certaines adoptions j'ai aussi un énorme respect pour ceux/celles qui ont accepté l'apparentement d'enfants qui seraient sans doute encore à l'orphelinat s'ils n'avaient pas dit oui malgré des dossiers lourds qui ont fait peur aux autres familles.

Du fait de leur différence, de leur statut parental, je les vois se préparer, se rendre disponibles et écouter leurs enfants d'une façon souvent bien plus complète que les parents "de base". Et pareil pour les "vieux", les "recomposés/divorcés", il y a tant de familles que j'observe de loin avec un profond respect et une infinie reconnaissance pour le bonheur et l'épanouissement qu'ils apportent à ces enfants nés en Inde ou ailleurs. Leurs différences, décriées par certains semblent au contraire à mes yeux être leur force, et ils les transforment en atouts ! J'ai si souvent entendu cette phrase "La différence, je sais ce que je sais puisque je l'ai vécu et je la vis encore. Cela me permettra d'aider mon enfant à surmonter les difficultés liées aux siennes."

De la même façon que pour les adoptions à risque, j'ai envie de me poser la même question dans le sens inverse : qu'est-ce-que l'adoption parfaite ? Bin oui tiens, c quoi l'adoption parfaite et idéale ? Côté enfant c'est archi fastoche : les enfants parfaits, je les ai vite identifiés....

Bin ce sont les miens !!!! (bon sauf quand ils font pipi à côté de la cuvette, qu'ils m'arrachent les tympans au milieu d'un doux rêve ou qu'ils dégomment mes scores sur notre console familiale..). Plus sérieusement, l'enfant parfait pour moi, c'est celui qui veut être adopté et qui a de l'amour à donner à une famille qui lui rendra bien. Voilà en quoi se résume pour moi un enfant parfait. D'ailleurs je le répète souvent aux miens : ils n'ont pas à être parfaits ou à s'en rapprocher puisqu'ils sont des enfants ! Etre un enfant me suffit à être comblée par leur présence et leur amour.

Et côté parents hein ? Quel est le parent idéal, donc sans ou alors avec très peu de risques pour aboutir à l'adoption parfaite ? Rapidement, on imagine les parents  hétéros, beaux, intelligents, tolérants, sveltes et aussi parfait que ceux qui vont adopter Penny dans le dessin animé Bernard et Bianca de W. Disney. Et puis viennent à l'esprit à la ramasse les contre-exemples, ternissant cette image parfaite de l'apparente famille idéale... Existe-t-il donc un profil de parent idéal pour l'épanouissement des enfants qui évite tous les risque menaçants ? Un arbre magnifique et parfait d'aspect ne cache-t-il pas souvent la forêt remplie d'ogres affamés ?

Il y a 8 ans lorsque j'ai démarré mon travail de bénévole en OAA, j'étais une "bleue", remplie d'étiquettes, de peurs et d'aprioris. J'ai vécu ces 8 ans les yeux écarquillés, émerveillés, et toutes mes étiquettes sont tombées les unes après les autres. Et j'ai en tête beaucoup de mercis pour le courage des parents, leurs disponibilités, malgré les épreuves et sûrement leurs peurs qu'ils ont du affronter. Lorsque certaines familles viennent me saluer et me remercier une fois l'enfant arrivé en France, mon coeur a souvent envie de leur dire merci, merci de nous avoir fait confiance, merci pour cet enfant, merci d'être là pour eux et de leur offrir votre famille.

Aujourd'hui, des peurs, j'en ai encore et j'en aurai toujours, mais j'ai appris à les mettre à leur place au fond de leur terrier : leurs fréquents hurlements me servent d'alerte pour rester vigilante, mais elles ne m'empêchent plus d'avancer ou de faire confiance en l'avenir et dans les hommes, petits ou grands. La peur est indissociable de la parentalité ou de l'attente avant de (re)devenir parent, faut bien que je me fasse une raison, elle sera là pour chacune des adoptions que j'ai la chance d'aider ! Il y a des risques partout, quelque soit le profil du parent, et ces risques sont rarement là où on s'attend à les voir. Alors mes "étiquettes à familles risquées", cela fait longtemps que je les ai mangées, et je préfère aider, préparer et discuter avec chaque individu au cas par cas, loin des généralités menaçantes qui ne leur sont d'aucune utilité !

Certains doivent sans doute penser que je suis une tête brûlée inconsciente et utopiste. Que mon côté Laura Ingalls est risible, et que je généralise trop moi aussi, dans un monde rose bonbon sans étiquettes sur les familles. Ils ont peut être raison après tout. Difficile de faire passer toutes les nuances de mes pensées dans un billet déjà trop long.

Moi j'ai envie de croire en l'homme, aux hommes quels qu'ils soient. Et d'avancer avec eux, au cas par cas, selon leur rythme et leurs capacités. J'aspire encore et encore à un monde où les différences sont acceptées par tous et deviennent nos richesses. S'embourber dans la peur et les aprioris et ne pas avancer est contraire à ma philosophie pourtant naturellement prudente. J'ai choisi d'avancer et d'y croire...




Et vous, lecteurs chéris, vos peurs sont-elles aussi comme les miennes ?...

lundi 17 septembre 2012

Parents de Survivors...



La plupart de nos enfants adoptés sont ce que j'appelle souvent des "Survivors". Des Survivors, j'en trouve aussi beaucoup chez nos petits français "bios", notamment chez ceux ont combattu ou combattent encore des maladies et des handicaps lourds dans les premières semaines/mois de la vie ou ceux qui ont vécu de lourds traumas. Ils ont souvent un fort caractère et croquent la vie à pleine dent, comme s'ils savaient déjà à quel point elle peut être précieuse et fragile, et qu'il faut vivre l'instant présent à fond, au cas où le futur deviendrait plus noir !! Je suis certaine que chacun de mes lecteurs connaît des petits survivors, croisé dans la famille, chez de amis ou à l'école... J'en connais pas mal, et ils ont souvent une place spéciale dans mon coeur.

Chez les enfants adoptés, il y a aussi beaucoup de Survivors. D'ailleurs, les enfants adoptés ne le sont-ils pas tous, un petit peu, des survivors ? Même si leur passé avec leur famille de naissance ne dépasse pas quelques jours voire quelques heures, et qu'ensuite ils ont été rapidement adoptés, je sais qu'en Inde ils ont survécu au pire. Je le sais, lorsque l'on me parle encore et encore des infanticides de nouveaux-nés sur le ton le plus léger du monde, et lorsque je vois les responsables d'orphelinat quitter précipitamment leurs fonctions en courant, car un enfant est né dans un village, et qu'il faut vite aller le récupérer avant que le pire n'arrive...

Il y a aussi ces enfants plus grands, qui ont un lourd vécu dans leur famille de naissance. Certains parents l'apprennent avant l'adoption, grâce au travail des psychologues des orphelinats et rapports inclus dans les dossiers, et acceptent d'adopter leur enfant en connaissance du passé lourd de l'enfant. Mais ces cas sont rares, car les enfants acceptent rarement de se confier aux psychologues lorsqu'ils sont à l'orphelinat car le contexte ne s'y prête pas et que les souvenirs sont trop "frais" et douloureux. Dans d'autres cas les sévices sont connus "grâce" aux marques laissées sur le corps, et même si l'enfant semble avoir tout oublié, son corps crie ces traumas.

Mais dans la plupart des cas, les parents adoptent les enfants sans rien savoir ou presque sur la vie passée de l'enfant, et ne le sauront jamais puisque l'enfant a tout oublié et n'acceptera jamais que ces moments dramatiques quittent son inconscient pour se loger dans son conscient. Mais dans certains, notamment dans le cadre d'adoption d'enfants grands, des souvenirs de leur vie passée peuvent se débloqués une fois adoptés. Leur nouvelle vie familiale peut leur évoquer des situations ou des sentiments vécus avec leur première famille indienne, et de faits vécus dans le passé peuvent revenir sous forme de flashs ou de récités plus détaillés. Ainsi, la vision de sa vie passée de l'enfant peut devenir plus claire pour lui et pour sa famille : cela peut être des souvenirs heureux, des anecdotes qui donnent un ordre d'idée sur le niveau social de la famille, ou au contraire des violences ou le récit de l'abandon et de ses raisons.

Mais méfiance par rapport à tous ces mots ! Certains enfants peuvent développer un imaginaire sans bornes sur leur vie dans leur pays d'origine, en inventant violences, situations noires (car la peur d'être ramenés dans leur pays d'origine rend leur souvenir du pays assez noire)  ou bien au contraire raconter un vie idyllique peuplé de maharajahs, de montagnes de jouets, de palais des mille et une nuits  et des situations rocambolesques (notre junior nous a juré craché qu'il avait déjà skié en Inde !!!)... Et aussi, côté parents, il peut y a voir une "sur-interprétation" des paroles ou des actes de son enfant, pour tenter de remplir comme on peut les vides de ses interrogations ! (bin oui il a déjà skié en Inde, la preuve, il a appris à skier parallèle en une semaine !!!).

Dans le cas des adoptions d'enfants très grands, les souvenirs sont généralement fiables, et les parents découvrent souvent des histoires violentes, brutales, horrifiantes : enfants battus, enfants ayant vécu et vu mourir un de leurs parents de naissance, vie de sdf, mendicité, exploitation de l'enfant sous forme de "child labour", famines, pauvreté, policiers violents... C'est souvent très rude et difficile pour ces parents de découvrir tout cela "sur le tard". Mais cela fait partie du "package" l'adoption des enfants grands. C'est à la fois difficile de savoir, mais surement mieux que le trou noir inconnu qui accompagne les "tout-petits" incapables de se souvenir ou de verbaliser et qui n'ont que le néant pour répondre à leurs "pourquois"...

Ce lourd fardeau qu'est le passé violent de leurs enfants est difficile à porter pour ces parents, et souvent impossible à partager, tant cela touche l'intimité de son enfant. On est heureux de voir son enfant croquant malgré tout la vie à pleine, dents, mais on se ronge le sang en songeant au passé, aux possibles conséquences en mode "bombe à retardement"pour sa vie d'ado et d'adulte, et on passe souvent beaucoup de nuits blanches à revivre et à douter, imaginer ces moments noires de la vie de son enfant en se disant des "et si .... ?". Et on a est triste pour lui, pour tout ce qu'il a du souffrir et endurer, et qu'on n'était même pas là pour le protéger !

Alors, comment ne pas porter un regard différent sur son enfant lorsqu'on sait, lui "qui l'a échappé belle" ou " qui a tant souffert", ou pire "qui a plus souffert que les autres"? Difficile exercice que d'être un parent juste, et ne pas regarder notre enfant comme ce "survivor" plutôt que comme un simple enfant... Difficile aussi d'avoir une fratrie "mixte" avec des enfants adoptés et des enfants "qui eux n'ont pas été abandonnés puisqu'ils sont sortis de mon ventre et ont toujours eu une vie dorée, eux...". 

C'est difficile mais nécessaire de ne pas regarder son enfant comme un Survivor et de gommer le plus possible cette étiquette pour la vie au quotidien, car parentalité et pitié ne doivent pas rimer ensemble ! Alors il faut plier et ranger soigneusement ces souvenirs au fond d'un tiroir fermant à clé, et ne l'ouvrir qu'occasionnellement, voire uniquement lorsque l'enfant est prêt et vous demande la clé... Et ne pas subir la tentation d'aller l'ouvrir en douce, régulièrement, pour humer ses effluves qui risquent de troubler son regard de parent sur son enfant...


Photo du secrétaire qui appartenait à ma grand-mère  et qui est maintenant chez nous : lorsque j'étais petite, ma grand-mère aimait me montrer les lettres précieuses et secrets qu'il contenait...

jeudi 29 mars 2012

Une étoile de plus dans le ciel







J'aimerais vous parler des fleurs dans mon jardin, du ciel bleu, de l'air doux et des oiseaux qui chantent à tue-tête dehors. Mais subitement tout n'est plus que désert aride et gris, et le silence est assourdissant.

Le cancer a choisi d'être plus fort que ces 8 années de combat d'une famille et de leur petite fille  malade. Il y a un ange de plus dans le ciel qui y fait briller une étoile.

Mon infinie tristesse est avec eux, cette mère, ce père et ce grand frère qui restent avec ce vide immense que laisse cet ange et ce combat acharné qu'ils avaient mené contre le crabe, mes prières vont vers ce petit ange pour qu'il veille bien vers ses proches, et toute ma colère elle, est pour ce sale cancer, surtout lorsqu'il choisit de s'abattre sur un bébé qu'il laissera grandir pour revenir sournoisement l'attaquer quelques années plus tard dans l'enfance.

Plutôt que des fleurs dans un cimetière ou sur la table d'un salon, plutôt que des larmes, soutenons l'Etoile de Martin, association qui lutte encore et encore contre le salaud lorsqu'il s'attaque aux enfants.

Pour un don à l'Etoile de Martin, c'est ici qu'il faut cliquer.

Pour toutes celles qui ont connu comme moi cet ange et sa maman, merci de me contacter par email, on pensait faire avec véro un don collectif à LE2M ? charabia2moushette@gmail.com

mercredi 28 mars 2012

Là-haut sur la montagne...


Ca fait 'hachtement longtemps que j'avais envie d'en parler dans ce blog. Mais bon, ce n'était jamais le bon moment, et rien ne m'y avait poussé. Mais le commentaire d'une de mes lectrices a appuyé sur le bouton "enter" de la rédaction de ce billet.....

De quoi vais-je vous causer ? Mais de cette fameuse période de ma vie. Celle où je me promenais dans monbledpaumé, un mouchoir brodé de mes initiales à la main, la morve pendouillante à la narine (comme maintenant, mais là c pasque j'ai la crève...), le mascara dégoulinant, une mantille noire sur la tête assortie à ma longue robe en velours, un chapelet à la main, rasant les murs du cimetière de peur de me faire trop remarquer...

Bin oui quoi, vous l'aurez tous deviné. Je parle du Grand Deuil. Vous savez ce fameux grand DEUUUUUUUUUUUUUUUIIIILL...

Celui de l'enfant biologique.

Je me souviens comme si c'était hier de nos préparatifs pour  les entretiens de notre premier agrément d'adoption. J'avais potassé les bouquins sur l'adoption, usé mes yeux sur les forums d'adoptants, discuté avec d'autres couples dans la même situation que nous... Et j'avais bien compris qu'une des questions pièges que risquait de nous poser les pros de l'adoption serait sur le fameux et terrrribleu "deuil de l'enfant biologique". "Méfiez vous !" nous avertissaient bouquins et postulants, ne dites surtout pas que votre deuil est "in process" ou que vous tentez encore d'avoir un enfant "fait sous la couette" (ou " fait ailleurs" non mais de quoi je me mêle !!) en parallèle à votre procédure d'adoption, car sinon vous pourriez avoir des difficultés pour obtenir cet agrément  car on pourrait vous juger pas encore assez "prêts" pour vous lancer dans l'adoption ! Alors face à ces menaces, avec mon ptit mari, on a potassé notre entretien, révisé nos réponses à ce genre de question piège, un peu comme pour un entretien d'embauche, faut bien le reconnaître...

Et ça n'a pas raté, le "thème du deuil de l'enfant biologique" fut évoqué par notre AS de l'ASE (puis par le psy), mais grâce à ma stérilité liée au distilbène et  à nos capacités à briller en entretien le sujet fut vite clos et nous sommes passés à des sujets bien plus constructifs. Quelques années plus tard, le sujet fut ré-abordé pour notre deuxième agrément en vue de l'adoption de notre deuxième enfant, et je me souviens avoir répondu bêtement à la question par un "bin oui, il est fait !". En y réfléchissant bien, j'avais répondu avec la même phrase et le même ton qu'utilisait ma fille après avoir fait ses besoins sur le pot lorsqu'elle en phase de démarrage de la propreté.....

Pourtant ,est-ce rationnel, honnête, cartésien et crédible de prétendre qu'un tel deuil peut être fait juste après ses 30 balais ??? D'ailleurs, cette question a-t-elle un sens, quelque soit l'âge du couple et la situation d'infertilité ? Y a-t-il un jour où l'on peut enfin se le dire honnêtement, un matin au réveil :

"Ca y est je l'ai fait chéri, fais péter le champ" !!!!!!!

Pour moi, bien au contraire, ce renoncement fut doux, lent et surtout invisible, puisque je ne l'ai pas vu passer ! (enfin je crois ??). De l'obsession de la courbe de température (ah le thermomètre glamour sur la table de chevet...) je suis passée à l'obsession de l'adoption, en passant par les étapes agrément, acceptation du dossier par une assoce, apparentement, jugement indien d'adoption pour enfin pouvoir nous envoler vers nos enfants à Bangalore ou à Pune. Oui, j'ai renoncé à une forme de parentalité pour aller vers une autre, mais en douceur, sans porter le deuil, sans pleurs (ou presque mais c'était plutôt la frustration de ne pas pouvoir être immédiatement parent !) ou tristesse. Et pendant que je devenais "infactuated" par l'adoption, j'en ai oublié tout désir de grossesse. L'envie du clearblue positif s'est éclipsé à petits pas, sans que je le vois ou l'entende partir, et sans que j'ai pu le saluer une dernière fois... Oublié, véritablement oublié, à un tel point que je trouvais étranges ces enfants dodus et blancs aux yeux étonnement bleus que je pouvais croiser ici (et pas là-bas en Inde !).

Alors franchement, où est la robe en velours, le voile sur la tête et tous les signes de deuil là dedans ? Certes, beaucoup de parents ne l'ont pas vécu comme moi, et ont eu besoin d'une période de transition nécessaire pour "passer à l'adoption", alors je ne veux surtout pas généraliser cette période à mon expérience perso. Mais fait-on vraiment un "deuil" que l'on peut considérer un jour comme clôturé, finalisé avec un point final ? Cette expression, évoquant la tristesse, la séparation et le renoncement à tout jamais est-elle adaptée à la majorité des postulants à l'adoption dans cette phase de transition entre ceux deux types de filiation ?

Et mon deuil à moi dans tout ça, hein ? Moushette, dis-moi, as tu fait ton deuil de l'enfant bio ?? Aller, sois franche et fais ton coming-out !!!!

Rien de moins sûr.

Car j'ai encore des regrets de ne pas avoir connu l'allaitement (je sais, et les gerçures non plus !), j'en déduirais donc que mon deuil n'est pas fait ! Mais aussi je me souviens bien de ce jour où j'ai prié de toutes mes forces pour que cette FIV foire afin qu'elle ne m'empêche pas d'adopter l'enfant tant désiré.

Alors fait ou pas steu deuil Moushette ? Aller, je vais vous l'dire...  en toute confidentialité (pour parodier Sarko qui parle de confidentialité lorsqu'il cause dans une émission sur tf1...)....

Un jour de cet hiver vers 15 heures, pendant nos vacances ensoleillées sur des pistes de ski débordantes de neige fraîche, alors que les mamans de bébés de 8 mois devaient se morfondre à garder leur bébé à la sieste au bas des pistes dans le chalet, moi j'étais en haut des pistes avec  mon "bébé" de 6 ans adopté il y a 8 mois en Inde, et je kiffais grave ses virages en ski parallèle et sa joie de la glisse à fond les manettes.

"Pfiou, heureusement que j'avais échappée à la corvée de la sieste hein, steu galère d'avoir un enfant bio, c'est quand même hachtement et plus cool d'adopter un gosse qu'on peut directement mettre sur des spatules sans passer par l'étape sieste-qui-te-sucre-l'aprem-de-ski et luge-en-attendant-le-ski !!"

Et tout là haut, sur mon pic des Pyrénées, j'ai su avec certitude, que j'avais du faire ce fameux "deuil" il y a bien longtemps sans que je le sache, et que ce "deuil" avait sûrement du être une des étapes d'une nouvelle aventure me conduisant vers un de mes enfants. Mon deuil, s'il y en a eu un, avait du être un grand bonheur plutôt qu'un malheur, tout simplement... 

... un peu comme le deuil et le sourire rayonnant de Scarlett'o'Hara au bras de son Rhett lors du fameux Confederate bal ! Je trouve que cette photo illustre ce billet à la perfection !!!!

vendredi 23 décembre 2011

Pas de nouvelles, bonnes nouvelles ?

OK, je l'avoue, j'ai déserté ce blog, et le monde virtuel pas mal aussi... Mais pas d'inquiétudes, tout va bien, je cours, la vie est remuante, mais elle va ! Gabriel s'épanouit, ses aînés aussi, et leurs parents courent...

Je m'interroge ces temps-ci sur ma panne sèche sur ce blog. Je l'ai longtemps attribué a manque de temps, mais il faut se rendre à l'évidence, c'est plutôt du à un manque de motivation. Je ne sais pas trop que réserve 2012 pour ce blog, seul le temps me donnera les bonnes réponses ! Menfin j'espère retrouver une fois de temps en temps un peu d'énergie et de temps pour reprendre en main la plume de Moushette...

Pour compenser de cette lâche désertion, et malgré tout partager ce que j'aime, mes lectures, infos, délires etc., je tweete, et de plus en plus souvent même ! Alors si vous êtes en manque de Moushette, vous pouvez la retrouver en version sachet en poudre ici. Comment dire, c la version "Tang" du jus d'orange bio pressé maison ;-) !

Mais je ne résiste pas à la tentation de partager sur le blog avec vous ces qqs perles que je kiffe grave :  le premier flashmob à Mumbai sur l'excellentissime chanson "Rang de Bansanti" (actuellement number2 sur mon lecteur mp3), et cette chanson "Why this kolaveri di" qui buzz dans toute l'Inde en ce moment (number 1 sur mon lecteur mp3 !). Explications sur le phénomène ici.

Et délire, le flash mob WTKD ici.

Ah et puis celui là, un vrai mec, un vrai !!!

Pour terminer cette année, avant de me re-plonger dans nos festivités de Nowel et l'hystérie des enfants à l'approche de la prochaine vague de cadeaux et de réjouissances, je vous souhaite à tous de douces et joyeuses fêtes ! J'ai comme toujours des pensées particulières pour ceux pour qui Noël rime avec amertume...




vendredi 9 septembre 2011

Julianne en joëlette !

J'aime pas trop ces chaines absurdes qu'on peut trouver sur la toile, qui par un simple billet pub d'un blog ou un message hyper engagé sur son mur de fb sur une cause humanitaire ("si toi aussi tu es contre contre la castration des ratons laveurs en amérique latine, publie ce message sur ce mur..."). Ah, ces message qui  donnent l'illusion ou l'impression d'aider, de se donner un staïle hyper engagé dans une bonne cause, avec un simple clic de souris, les fesses bien plantées dans son fauteuil... Non j'ai horreur de ces trucs, le seul vrai engagement à mes yeux est celui du temps que l'on donne aux autres (et ça peut être pour la petite mamie d'en face, pas la peine d'aller jusqu'en Inde !), de la chemise mouillée et de l'huile de coude... Le reste ne sont que pixels qui disparaîssent dans la nature, souvent sans laisser la moindre trâce.

Mais pour une fois je vais déroger à cette règle, car il y a un combat et une association qui me tiennent à coeur. C'est celui de l'association "L'étoile de Martin". Les deux objectifs de cette association sont de soutenir la recherche sur les cancers pédiatriques et de contribuer au bien-être des enfants malades.

Et il y a une de ses actions actuelles qui me touche particulièrement, car il concerne une petite fille appelée Julianne, que j'ai croisé, ainsi que sa maman, il y a de nombreuses années (avec d'autres lecteurs de ce blog aussi, qui se reconnaitront !!). Avec sa maman, nous avions partagé des mois de solidarité, de combat pour la maternité et aussi des bonheurs, violemment interrompus par l'arrivée de la maladie... Je n'ai jamais cessé de penser à elles, à nos échanges, et à leurs difficiles parcours et combats contre la saloperie de cancer, et ils ont conditionné mon rapport à la vie, et à mes enfants.

Alors voilà, pour vous la faire en short. Le 2 octobre, il y a une course dans le bois de Vincennes à Paris. C'est la course Odysséa. Elle et ouverte aux enfants et aux adultes pas forcément grands sportifs. L'association "L'étoile de Martin" courra pour pour soutenir la recherche sur les cancers à l'Institut de cancérologie Gustave Roussy. Si vous le souhaitez, vous pouvez rejoindre leur sympathique équipe et courir avec eux pour la même cause, il suffit de s'inscrire ici !


Et surtout, surtout, surtout....


Cette année la petite Julianne sera une guest star de cette course, puisqu'elle puisqu'elle  participera à la course en joëlette !! A cette occasion, une collecte d'argent se fait en son nom pour "L'étoile de Martin". Donc si vous souhaitez participer et l'aider à atteindre les 10 000 euros fixés en objectif, cela peut être fait en deux clics de souris "ici" !! (et en plus vous verrez sur ce lien la jolie frimousse de Julianne). Pour moi c'est fait, et j'espère que vous serez nombreux à faire de même... Et n'hésitez pas à faire tourner sur fb ou sur vos blogs le lien de la donation "Julianne en joëlette" !


Julianne, je te souhaite une excellente course, et j'espère que tu arriveras première (ptête en fouettant tes tireurs ???!!) !!!

lundi 5 septembre 2011

"Notre Coréen national va avoir chaud aux plumes"

"Notre Coréen national va avoir chaud aux plumes"

Voilà comment le député UMP, Alain Marlaix, a décrit Jean-Vincent Placé, un élu écologiste.

Pourtant JVP est bien français, et ce depuis sa plus tendre enfance puisqu'il a été adopté par un couple français à l'âge de 7 ans. D'ailleurs, il semble bien plus français que bon nombre de nos concitoyens. Il parle d'ailleurs de son amour passionné pour sa patrie d'adoption, du drapeau français qui est dans son bureau, et auquel il tient... Beaucoup de français ont ils ce genre de sentiment pour leur pays ?

Seulement voilà, les simples d'esprit et les ignorants réduisent la nationalité au lieu de naissance ou à l'ethnie à laquelle on appartient, quelque soit l'histoire de vie des personnes.

Mes enfants (adoptés d'Inde) le savent depuis longtemps. L'appartenance à un pays (ou non !) est d'abord un affaire légale concrétisée par un passeport, des papiers d'identité... Tous les enfants adoptés obtiennent la nationalité française au bout des formalités administratives, et sont des petits français comme tous les autres. Ensuite, c'est une histoire de coeur, de sentiment d'appartenance, de patriotisme. Mes enfants savent qu'ils sont français et qu'ils ne sont plus indiens : ils sont simplement d'origine indienne et leur nationalité a changée. Et la France ils l'aiment et ils en sont fiers. Et ils sont aussi fiers de leur parcours, de leur pays d'origine. Mais LEUR pays, c'est la France, un point c'est tout.

Mais non. Certains politiciens préfèrent se la jouer un peu plus simpliste : "tu nais coréen, alors tu restes coréen", le temps d'une boutade politique de mauvais goût pour faire rire les blondes au premier rang du meeting et s'attirer la sympathie d'électeurs un peu plus à droite...

Moi j'en ai ras le bol de tous les "dérapages" de ces politiciens peu scrupuleux, gonflés à bloc en cette période de pré-campagne présidentielle. Qu'ils concernent un  adopté, les "d'origine étrangères", les norvégiennes, les arabes ou les autres, cela me provoque le même sentiment d'horreur et de dégoût face à cette facilité de discrimination. Je trouve que ce genre de propos sont bien plus fréquents qu'à l'époque des grands jours de JM Le Pen,  grand spécialistes des  énormes "dérapages". Tellement énormes qu'ils étaient peu crédibles et ressemblaient plutôt à de la provocation théâtrale.

Mais tous ces "petits" dérapages de plus en plus fréquents de ces derniers mois, dans la bouche de certains politiciens d'un parti politique soit disant peu extrême, et leurs conséquences à long terme m'inquiètent. Ils rendent de plus en plus politiquement correct l'idée que les immigrés, les enfants issus de l'adoption internationale, les métisses et que sais-je, ne sont pas des "vrais" français. Et pour sûr que ces propos doivent trouver une écoute complaisante dans bons nombres d'oreilles de nos concitoyens. Et qui un jour appliqueront ces propos dans leur vie quotidienne face à une personne qu'ils ne jugeront finalement "pas si français que ça".  D'ailleurs personne ne semble réellement choqué à l'UMP des propos de Marlaix. Ah si, Copé a tweeté sur le sujet ce weekend et a récusé ses propos !  En voilà une lourde sanction, un tout petit tweet...

Le petit racisme ordinaire des français a donc de l'avenir devant lui, et mes enfants auront sûrement encore beaucoup de fil à retordre lorsqu'ils devront y faire face, comme ça a déjà été le cas malgré leur jeune âge, et comme ça le sera snas doute encore et fréquemment, dans notre soit disant beau pays... Alors moi, métisse, fille d'immigrée, et mère adoptive, je fume de colère contre ces petites remarques surfant sur le racisme et la xénophobie qui tirent mon pays vers le bas.

Et j'ai honte pour la France.

mardi 23 août 2011

Un blog, vous avez dit un blog ?

Un blog, j'ai un blog ? Mai kessdonc ?  Où c'est qu'il est ? Ah sur l'ordi. Ah d'accord mais où, et comment ksa marche déjà ?

Ouaih, j'ai complètement décroché de la blogosphère et de mon charabia pour me concentrer plus sur le charabia de notre Gabriel (car il nous parle en charabia en croyant que c'est du français, aaaaaaaaaaaaargh !!!) et du reste de la troupette. Ouaih, j'ai du mal à y revenir à ce blog, malgré qqs sollicitations polies... Alors je vais juste tenter de l'alimenter un minium, pour qu'il ne meurt pas. Menfin vous devez vous en douter, je n'ai actuellement plus trop l'envie, ni la motivation, ni le temps, ni l'inspiration.... C'est la trêve d'été, on verra bien ce qui adviendra à la saison pluvieuse !

Mais un billet un peu long et pour une fois perso viendra bientôt (que je vais sans doute morceller en plusieurs billets !), pour me faire pardonner de mon absence et tenter la justif' (quoique vous devez vous en douter !)... Et aussi pour rassurer mes "fans" que tout va bien, car bcp s'inquiètent de mon silence ! A moyen terme (post rentrée sco'), je vais tenter de mettre online les critères des nouveaux guidelines de la cara, ainsi qu'un résumé des étapes de la nouvelle procédure. Et à plus long terme j'ai bien envie de faire un billet "Moushette a testé pour vous une COCA (consultation en pédiatrie spécialisée enfants adoptés) pas en bouteille et elle aime ça".  Ou elle n'aime pas, on verra bien, une fois la consult' passée ! Et mettre un coup de plumeau sur mon site "adoption inde" et le clôturer de manière définitive car il est vraiment obsolète.

J'ai ptête décroché du blogworld, mais en tout cas, je n'ai pas décroché de EdE. Certes, j'ai mis le frein pdt ces qqs semaines de congé mater' (faut dire aussi que l'actualité récente de la CARA a bien réduit ma charge de travail...), mais cela ne m'a pas empêché de gérer les urgences, continuer les followup, et surtout lire l'intégralité des nouveaux guidelines de la CARA, sans m'endormir dessus. Bon, je vous l'avoue, pour arriver à mes fins, je du les lire au bord d'une piscine provençale et sous un soleil de plomb, car sans cela c'était impossible d'y arriver sans se tirer une balle ! Sans ces conditions je n'aurais pu trouver la motivation ou pu encaisser les bonnes et les moins bonnes nouvelles dedans... J'en ai fait un "synthèse" de 6 pages pour EdE, et je mettrai online sur ce blog qqs extraits.

Aller, back to real world, so long my readers !

lundi 9 mai 2011

De l'enfant imaginaire à l'enfant réel...

"De l'enfant imaginaire à l'enfant réel..."

Tel est le thème d'un stage que je vais bientôt suivre, co-animé par Anne-Marie CRINE, psychologue, et Sylvia NABINGER, docteur en droit de la famille. J'ai vraiment hâte d'y être car je ressasse sans limites ce thème dans ma tête ces semaines-ci (et cela pour bien des raisons !).

On le sait, la majorité des "parent to be" (en attente de son enfant) rêve de son enfant, l'imagine, et se fabrique ainsi un enfant imaginaire dans la tête, le temps de l'attente. Cela fait partie de la préparation de la parentalité, cette gestation intellectuelle. Dans le cas de l'adoption, la plupart du temps cet enfant n'est plus un nourrisson, il a donc son petit caractère, ses habitudes et un vécu souvent difficile. Alors notre imaginaire de parent adoptif invente et imagine ce petit être bien complet, et les situations dans lesquelles on aimerait se retrouver avec notre enfant (complicité, câlins, jeux etc.). Cet enfant imaginaire se construit avec comme point de départ les bribes d'infos que l'on peut glaner sur lui, tel que des photos, rapports dans le dossier de l'enfant, témoignages de ceux qui l'auraient vu.... mais ils se peaufine surtout avec nos fantasmes de parents  frustrés par ce désir de parentalité non assouvi !

Mais comme le disait le Dr. Choulot dans l'excellente émission, l'adoption : blessures secrètes , l'enfant réel adopté est pour la plupart du temps bien différent de cet enfant imaginé. Et dans certains cas cela peut être un choc terrible pour les parents.

Car non, aucun parent ne rêve, lors des longues années d'attente, de cet enfant si petit et si mignon...  mais violent, colérique, qui crache, mord, et tape sur tout ce qui bouge ! Personne ne rêve d'un enfant qui vous refuse en tant que parent que ce soit pour l'affect ou les soins. Personne ne rêve d'un enfant qui vous fuit, ne vous regarde pas dans les yeux, refuse de vous appeler maman ou papa ou qui n'aime ni les câlins ni les bisous. Personne ne rêve aux mensonges, rébellions, tests à n'en plus finir, vols ou défiances de l'autorité. Personne ne rêve d'un enfant angoissé et  velcro qui vous colle tellement qu'il vous étouffe et déséquilibre l'ordre familial jusqu'au risque de rupture, ou/et qui hurle toutes les nuits pour qu'on le rassure, qui ne peut s'endormir qu'après des longues heures de "berçage "et de rituels rassurants (et oui, personne n'avait rêvé de ces tassements de vertèbre du aux abus de portage hein !!!). Personne ne s'attend à découvrir des nouvelles pathologies médicales non annoncées dans le dossier, personne ne s'attend à assumer un âge réel supérieur à l'âge annoncé, personne ne rêve d'un enfant aux difficultés scolaires ou médicales nécessitant une attention soutenue, des consultations, du temps, des aménagements de planning non prévus...

Non, personne ne rêve de tout cela et de tant d'autres choses, lorsqu'on fabrique dans son esprit cet enfant imaginaire idéal et parfait, et c'est bien normal. Pourtant bien souvent,  cela fait bien partie des réalités de l'adoption, et il faudra faire avec. La plupart des familles réussissent à accepter ces différences et abandonner cet enfant imaginaire, mais pour d'autres, le cheminement est difficile, voire impossible.

Une image m'a apparue évidente pour illustrer ces propos : celui du trou de la dernière pièce à placer dans un puzzle. Lorsqu'on attend son enfant, on sent le vide dans son coeur, on parle souvent de cette place qu'on aimerait combler, que l'enfant à venir est la pièce manquante qui comblera dans tous les sens du terme ce "vide". En même temps que l'on imagine cet enfant qui répondrait à nos désirs et fantasmes de futurs parents, on "fabrique" cet espace vide qu'il viendra combler, avec des aspérités détaillées dans lequel on aimerait que l'enfant rentre parfaitement, comme lorsqu'on place la dernière pièce manquante du puzzle. Mais rares sont les enfants qui rentrent parfaitement dans l'espace qu'on lui a imaginé. Aux parents adoptifs d'assouplir les contours de ce trou et de transformer cet espace en lieu malléable et douillet que l'on pourra modeler en fonction des besoins et de la réalité de l'enfant. Mon côté très rose et Hello  Kitty me dit qu'avec l'amour, on arrive toujours a s'adapter à l'enfant et l'accepter tel qu'il est. Oui OK, je sais, je fais très Charles Ingalls lorsque je parle ainsi. Mais la réalité est tout autre parfois. Lorsque l'attachement avec son enfant adopté tarde à arriver, les parents ont ils toujours la force (ou le courage ?) de le faire ?

Exercice difficile, bien souvent. Surtout lorsque l'imaginaire est trop strict et exclusif, et/ou lorsqu'on a trop l'habitude des enfants rentrant parfaitement dans le moule souhaité par les parents. Beaucoup disent que cette flexibilité est plus difficile lorsqu'on a eu "que" des enfants bios. Je n'aime pas les généralités des ce genre, et j'aime donner des contre-exemples qui prouvent le contraire aux généralités trop ... "générales". De ma mini expérience dans le domaine de l'adoption, je constate que des parents stériles peuvent être d'une rigidité absolue, et des bios peuvent être au contraire très "open".

Quoi qu'il en soit, la flexibilité de l'espace qu'on crée dans nos coeurs pour accueillir notre(nos) enfant(s) doit rester malléable à souhait ; cela me parait essentiel pour que chacun trouve sa place dans les puzzles complexes que sont nos familles...

Et en guise de conclusion, je vous invite chaudement à lire les trois billets sur les troubles d'attachements parentaux rédigés par Isabelle sur son blog.

mercredi 27 avril 2011

L'adopté adopteur !

Ce "soir", enfin vers 17h00 heure indienne, j'aurai de tendres pensées qui s'envoleront vers l'Inde. En effet, pour la première fois dans ma modeste carrière à EdE, une adoptée originaire d'Inde adoptera à son tour en Inde (et dans la même région d'où elle vient !). Elle et son mari recontreront à leur tour leur charmante poupée indienne vers 17h, et deviendront ainsi ses parents par les liens sacrés de l'adoption...

Que de chemin depuis nos premières rencontres virtuelles (via le blog !) et plus tard en réel dans le bled paumé de mes beaux-parents puis à nos rassemblements EdE !


Comme quoi l'adoption peut aussi se transmettre de mère en fille...

Je leur souhaite plein de bonheur à tous les 3 !


mercredi 16 mars 2011

Lorsque la passion devient trop destructrice.

Que faire lorsque une passion détruit plus qu'elle ne génère de plaisirs ??...

C'est un sujet sur lequel j'ai longuement discuté avec une amie il y a quelques jours.

La passion. Le propre du premier sentiment amoureux, lors de la découverte de cet Autre qui envahit votre âme et votre corps. Elle peut vous faire voler, planer, telle une drogue ; elle vous emmène dans des cieux comme personne d'autre, malgré les interdits, les dangers...

Mais elle peut aussi vous ronger doucement et vous faire perdre toute accroche avec la réalité ou bien détruire ce que vous avez de plus cher, une vie quotidienne, sans doute plus monotone et moins grisante, mais qui reste la valeur phare de nos vies. Doit on abandonner cette passion si la soustraction destructions aux plaisirs donne un résultat franchement négatif ? Ou si elle risque de menacer l'équilibre familial ou vous en éloigne ? Avec l'âge qui avance, est-il plus difficile de résister aux attaques d'une passion trop dangereuse ou envahissante ?

Se contenter d'un quotidien simple est sans doute une solution de facilité et de sécurité. Mais peut-on être réellement être heureux sans passion ? Mon entourage me le confirme, beaucoup savourent la vie à pleine dents avec des goûts simples et traditionnels. Mon amie passionnée le pourrait-elle aussi, en renonçant à drogue douce, ou en choisissant une autre moins déstructrice ? Le pourriez-vous, le pouvez-vous, le pourrais-je ? Peut-on être plus fort qu'elle, est-il toujours possible de trouver la force pour la quitter ?

Bien évidemment il n'y a aucune réponse générale possible à ce genre de question, chaque situation a sa propre réponse, et souvent le temps rend les décisions évidentes.

vendredi 14 janvier 2011

Aller, p'tit plan plombage de moral !

Ouaih c'est triste. C'est triste que des parents d'enfants rapatriés de Haïti avant Noël aient à publier un billet sur le Monde.fr en réponse aux auto-proclammés spécialistes de l'adoption qui généralisent sans la moindre nuance ou recul. Et surtout, c'est triste qu'ils aient à mettre comme titre à leur billet "Nous ne sommes pas des trafiquants d'enfants" afin que le message soit bien clair.

Ouaih c'est triste, car je me doute que dans la tête de bien des gens, nous, les parents adoptifs on est un peu des voleurs d'enfants, surtout à la lecture du billet des deux auto-proclammés. Genre on est limite ogres, comme dans les contes pour enfants... Devrai-je répondre un jour aux questions de mes enfants qui voudront savoir s'ils ont été volés ou acheté si on leur tient ce genre de propos ou s'ils tombent sur des mauvaises lectures ou émission téloche ? J'espère que non, car cela fait longtemps que je leur parle des démarches légales de leurs adoptions...

Ouaih, moi ça me rend triste de savoir que ces parents ont besoin de de se justifier ainsi. Car je m'en doute, à en juger sur les propos racistes et préjugés basiques que mes oreilles peuvent glaner ici et là dans monbldepaumé, ce genre de raccourci sur l'adoption doit être assez courant dans l'esprit de bien des français.

Et puis j'étais triste tout à l'heure en passant à notre agence postale. Il y avait un corbillard garé à côté de notre église, avec les croque-mortw qui clopaient, en attendant que ce soit l'heure de récupérer la boîte. Les fleurs étaient belles, il y avait des roses rouges, remplies d'amour et de tristesse. Hier ma ptite voisine me parlait de cet enterrement auquel elle allait assister : "un type bien, que j'aimais beaucoup". Il n'y a pas un mois où elle ne va à l'enterrement de quelqu'un qui lui est cher. Et elle me rappelle ô combien j'ai la chance d'être jeune, d'avoir la santé, mes proches, et d'avoir de belles années et des projets devant moi. Cette mort qui était si souvent dans mon esprit dans les années 2006-2008, je l'ai oubliée depuis ! Mais la réalité revient par moments, avec la vieillesse de ma petite voisine et ses étapes douloureuses de vie. Enterrer ses amis, sa jeunesse et ses souvenirs (souvent elle me raconte les plans drague du gars qu'elle va enterrer !!!!), quelle désolation. Et ça m'urge à croquer la vie, à profiter de tout, et à revenir à l'essentiel.

Ouaih, triste, j'ai envie tiens, pour ça et d'autres raisons, de me noyer dans une petite tristesse passagère. Et puis Balavoine est parti y a 25 ans, et il n'est toujours pas revenu, enfoiré, tu me manques. Alors je me passe sa femme veuve en boucle tiens, histoire de bien plomber l'ambiance...

(n'empêche que ca va pas durer pasque demain wikend avec au programme RIEN pour une fois, et j'ai bien l'intention de cuisiner un sweet & sour pork et un apple crumble pour ma petite troupe !).

Sur ce je m'en vais achever ma tristesse aux soldes ;-) ! Bon wikend pour ceux que je n'aurais pas démonté avec mon billet !

samedi 8 janvier 2011

Stay Hungry, Stay Foolish

Cette vidéo de Steve Jobs à l'univ' de Stanford m'a beaucoup émue, oui beaucoup. Et elle me parle tellement. Je ne peux que vous la conseiller vivement. Même si elle est longue, ça vaut le coup de l'écouter jusqu'au bout...


[VOSTFR] Steve Jobs Stanford Commencement Speech, 2005
envoyé par Cladouros. - Regardez les dernières vidéos d'actu.

Vidéo piquée chez Isabelle, reprise aussi par Anne.

Comme quoi les enfants adoptés ne finissent pas tous cancres ou rebelles de la société, c'est rassurant.... Apple, Next, Pixar, et surtout une capacité à rebondir dans la vie et continuer à créer...

Quel magnifique exemple pour tout enfant adopté qui doute de lui, quels beaux messages d'espoir universels pour l'humanité !

dimanche 2 janvier 2011

2011, te voilà...

Comme tout le monde, je vais me plier à la tradition des voeux...

J'ai envie de vous souhaiter pour cette année 2011 de l'amour, de la passion, la paix, l'harmonie et la réussite dans vos projets les plus chers, le tout avec si possible une santé potable...

Pour moi 2011 ne sera pas comme les autres. Elle sera une année charnière que j'attends depuis longtemps. Elle m'emmènera vers de nouvelles aventures et challenges, mais aussi vers qqs rares salasses épreuves que le reste m'aidera sans doute à affronter avec zenitude.

Nul doute que 2011 sera une année de passions bien remplie. S'écoulera-t-elle en un clin d'oeil ? Ou au contraire, le temps suspendra-t-il son vol ?

Je fais confiance à Mère Destin pour m'amener à bon port... et me faire vibrer et pleurer d'émotions et de plaisirs, un peu plus que d'habitude...

mercredi 1 décembre 2010

Lorsqu'on les perd.

Tous, nous perdons des proches au cours de notre vie dans différentes situations : il y a bien sûr la mort, cette séparation définitive et irrévocable, liée à la maladie lente ou rapide, ou l'accident violent et imprévu.

Mais il y a aussi la trahison, en couple ou amitié qui peut briser irrévocablement les liens. Ca a été le cas pour moi, deux jours avant mon mariage par une des personnes les plus proches de mon entourage, et cette expérience m'a marquée au fer rouge.

Il y a aussi les déménagements, l'éloignement géographique, le manque de communication, les valeurs et principes de vie qui différent. On se perd de vue presque d'un commun accord, doucement, sans heurts.

Et puis il y a cette maladie particulière, la dépression qui peut creuser un fossé plus profond ou large que n'importe quel canyon de la terre, même avec ceux qu'on croyait éternellement proches de nous. Nos chemins s'éloignent car le fossé se creuse, de plus en plus profond et large, à mon désespoir et à mon impuissance la plus totale. Certes, ce n'est pas une mort, ce n'est pas une séparation définitive, il n'y a pas de deuil. Mais la tristesse est là, le vide aussi. Finies la complicité, les délires, les bonnes soirées. Restent la tristesse, et de trop rares échanges électroniques.

Et je ne sais quoi faire, sinon pleurer.

Si tu me lis, sache que tu me manques, mais je respecte ton choix tout en me rongeant le frein.

vendredi 29 octobre 2010

J'ai rempli un coffre de C3...

J'ai rempli le coffre de C3 d'une amie avec du matos pour bébé : poussettes, siège auto, babycook, fringues, ptite tuture en plastoc etc etc. D'ici quelques jours, elle partira avec son mari chercher leur premier enfant, une petite puce de deux ans en Colombie. Avec ou sans le doudou à l'effigie du stade toulousains, là est le vrai dilemne car le père est joueur de rugby !!!! (dans l'équipe des MB , parenthèse pr certains dindons de monbledpaumé, oui j'ai un pote rugbyman qui habite pas loin et qui peut venir te casser la g. si tu me saoules trop, si tu vois ce que je veux dire, toi là bas planqué(e) derrière ton clavier....).

Avec mon amie, j'ai tenté de fait une séance à la psy à deux balles de "préparation à l'adoption autour d'un kawa" torchée en 1h30 par manque de temps. Pasque oui aller chercher son enfant toulabalaba, devenir parent, c'est rarement que du bonheur... On évoque les craintes, on parle des situations à laquelles ils peuvent être confrontés, les inévitables "Tu t'es tant battue, alors de quoi tu te plains ?", les deuils, la prise de responsablilité, la perte de liberté, les renvois à sa propre enfance, l'amour qui peut tarder à venir, les réactions de l'enfant etc. Pasque bon quand t'adoptes via l'AFA, bin tas pas grand'monde qui va te parler de tout ça lorsqu'arrive zeu D Day...

Puis on a rempli ce coffre de C3, qu'on a eu du mal à fermer, l'enfant prend déjà bcp de place dans leur vie !!! On se dit RdV en décembre, la prochaine fois que je les verrai en live, ils seront 3, quelle émotion. Nos potes, nous les avons connus peu de temps avant le démarrage de leur projet (via l'assoce Distilbène), et leur agrément puis leur longue attente, on l'a vécu un peu avec eux.

C'est la première fois que des proches deviennent parents via l'adoption, et mon Dieu que c'est remuant ! Je revis avec leur adoption qui démarre, celles de mes propres enfants, surtout celle de Scarlett, et plein de souvenirs refont surface. Alors je me re-projette, je me souviens, j'imagine... Et j'ai des étoiles dans les yeux rien qu'à l'idée de savoir que toutes nos petites affaires vont avoir une deuxième vie avec leur famille qui s'agrandit... Nous serons un peu là bas avec eux en Colombie malgré la distance, et les petites tenues de Scarlett embrasseront leur petite puce pour nous, à notre place....

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